Qui veut faire la révolution ?

Tu veux ?

Elle est là, elle te tend les bras.

Samedi 16 mars sur les Champs-Élysées à Paris pour l’acte 18 des Gilets Jaunes quelque chose s’est passé. Plusieurs fois dans l’après midi la foule, oui la foule, a scandé « révolution ! » Ce fut un grand moment d’émotions collectives. Des sentiments de force, d’unité, de lucidité et de détermination ont fait vibrer les cœurs d’un espoir commun.

On était assez. On était déterminés. On pouvait la faire la révolution. On était en train de la faire.

Et on l’a gueulé !

Ça prendra peut-être du temps, mais on va gagner. Pas le choix de toute façon. Sinon l’espoir est mort.

Il ne reste que quelques années pour tout changer sur terre et limiter les catastrophes écologiques à venir. En politique on a tout perdu, les mécaniques de la 5e république, les pratiques et le public de la politique française font que rien n’arrivera de bien pour nous qui viendra de la petite caste aux manettes du pouvoir.

Alors tu sais où elle se passe la révolution ? Ouais tu le sais. A trois endroits : dans ta tête, dans ta vie et dans la rue avec le reste du peuple, en gilets jaunes, ou pas. Si t’es prêt dans ta tête alors t’es prêt pour aller dans la rue. Si t’es prêt pour aller dans la rue, alors t’es prêt pour changer ta vie.

Oui il y a la violence de la police, il y a les flashball, et puis y’a plein de trucs tout ça. Mais normal, en face il vont pas se laisser faire et surtout faut faire peur aux moins déterminés. Si tout le monde faisait du sabotage… T’imagine ?!

T’as pas besoin de lancer des pavés ni d’être masqué ni quoi de spécial. Mais faut être là. Pour faire nombre. Masse comme eux ils disent. Peuple comme nous on dit. Et de suivre ce qu’il se passe, de faire attention aux autres et à soi. Après pour le reste, c’est toi qui voit si tu participes ou pas.

Là maintenant, c’est le moment où jamais. Trop de mutilés, trop de blessés, une femme tuée déjà, et combien de vies sur le fil du rasoir ?

Et toi ?

Tu veux la faire la révolution ?

 

 

 

crédit photo: Marion Vacca – Facebooksite

La violence des riches et la violence des pauvres

dans le dos GJ

Cautionnez-vous la violence des Gilets jaunes ?! Lorsque le collégien de St-Denis qui avait choisi d’interroger d’autres personnes en partant de cette question me sorti cela je fus stupéfait. Il voulait en savoir plus sur ce sujet mais pour rentrer en contact avec son public, il n’avait trouvé que ces mots.

Plus tard un homme que j’ai interviewé et qui fuyait les gaz lacrymogènes lors de l’acte 9 m’a dit que ce qui le choquait avant tout c’était la violence des « casseurs ». Dubitatif devant sa situation je lui ai demandé ce qu’il pensait de la violence de la police et il m’a répondu qu’il trouvait celle ci légitime, que les policiers faisaient leur travail.

Comment se faisait-il que ces deux opprimés prennent ainsi la défense de leurs oppresseurs alors même qu’ils débutaient des actions de protestation ? Qui était le manipulateur à l’œuvre ? Moi qui n’ai pas la télé, n’écoute pas la radio et ne lis pas les journaux, mais qui écoute les gens, je fus très vite convaincu qu’il n’était pas seul, que c’était une série en fin de compte, une flopée, une armée d’éditorialistes et associés, qui à chaque occasion commandaient de se désolidariser du ras-le-bol populaire en l’associant avec ce mot : violence.

Qui est pour la violence ? Qui a envie de s’associer à quelque chose de violent ? Qui d’hésitant peut alors soutenir pleinement les Gilets jaunes s’ils sont violents ? Personne. Socialement c’est inacceptable.

C’est là qu’est la ruse, le truc qui pue dans tout ça : si tu arrives à faire dire aux gens qu’ils « ne cautionnent pas la violence des casseurs » , encore mieux, « des Gilets jaunes » alors tu désolidarises toute une partie des alliés des gens qui manifestent dans la rue.

Des hommes, des femmes qui partagent leurs galères et qui sont la force de celles et ceux qui agissent.

Peut-être que 200 personnes suffiront à prendre l’Élysée, mais elles ne pourront le tenir qu’avec l’appui des millions de personnes qui en ont marre de la politique des riches.

Alors en divisant, on règne mieux et plus sûrement. Et pendant que les petites gens répondent à l’injonction sociale de se désolidariser des violences on ne parle pas des violences du pouvoir, plus discrètes car habituelles.

Les médiacrates eux sont tous unis pour présenter le tableau de leur point de vue : les méchants pauvres ont l’audace de protester, venant manifester chez les riches, cassant vitrines de banque et symboles du luxe, respectivement symboles pour les autres du harcèlement fiscal et des disparités sociales.
Dévoués corps et âmes à salir les révolutionnaires, les premiers ne savent plus quoi faire et se perdent désormais dans le grotesque, comme avec les commentaires sur « l’axe FI-ONU-GJ » qui fleurent bon le champ lexical du national-socialisme.

En vrai qu’est ce qu’on s’en fout des vitrines de banque ? Quel ouvrier ou salarié pense encore que les banques ne sont pas des repères d’escrocs ? Qu’est ce qu’on s’en fout des vitrines de Porsche ou de Ferrari ? Au contraire, ça fait marcher la croissance de les remplacer. Ça donne du travail.

Qui pourra cependant remplacer les yeux crevés, les membres arrachés, les vies brisées ? L’existence des gens vaut elle moins dans la tête des riches que des plaques de verre ?

Une femme âgée est morte de la répression du gouvernement, étouffée dans son appartement à Marseille par des lacrymogènes « perdus » dont elle avait reçu la capsule en plein visage, elle est décédée à l’hôpital. Une enquête est en court. Cette femme s’appelait Zineb. La France aurait-elle été scandalisée si cette femme s’appelait Ginette ? Mais Zineb n’est pas Ginette, et le silence, l’invisibilité de ce meurtre rajoute à ce sombre tableau une violence symbolique aux relents racistes.

Qui sont les vrais casseurs ? Qui sont les vrais racistes ? Ceux qui tuent, mutilent et gazent ? Ceux qui rajoutent de la viande en putréfaction dans les jets d’eau anti-manifestation ? Ceux qui exploitent et sucent la vie des millions de travailleurs sans même permettre l’espoir d’un meilleur avenir pour leurs enfants ? Ceux qui cyniquement accusent de xénophobie, de violence, de bêtise, pour cacher celles qui les animent, eux ?

Ou est-ce des gens qui en ont marre de manifester, comme des moutons qu’on change de pâturage, bien disciplinés, bien loin des quartiers de riches, bien sûr de ne rien changer ?

Les quelques vitrines de banques et celles des voitures de luxe ont-elle vraiment de l’importance face à la vie de millions de gens ?

Alors il faut arrêter de dire : « je ne cautionne pas la violence des casseurs ». On peut ne pas être d’accord, on peut ne pas avoir envie d’agir ainsi, mais il faut conserver l’union de notre mouvement, et garder nos désapprobations pour le cadre privé. Les riches font-il ça entre eux en public ? Non, ils se gardent bien de le faire.

A la place on peut dire par exemple : « ce que qui nous choque avant tout, c’est la violence de tous les jours, celle du pouvoir, celle de ses médias, celle de sa police. »

De plus, la révolution qui sert de référence, celle de l’abolition des privilèges en 1789 qui est la fondatrice de la république était-elle un dîner de gala ?

Pour la vie des aristocrates elle fut violente, mais pour celle de tous les autres, elle fût libératrice.

Alors prenez garde avant de dénoncer les violences. Parlerez vous des violences des riches, ou des violences des pauvres ?

 

JCT

Le bio c’est un truc de prolo

FRANCE-SOCIAL-POLITICS-ENVIRONMENT-OIL-DEMO

L’alimentation dite biologique, qui n’est pas produite à l’aide de désherbants, d’insecticides, de fongicides (les champignons), de biocides (les bactéries), et de centaines d’autres produits toxiques; a mauvaise réputation.

Bien sûr, des produits sont quand même utilisés pour limiter les populations de « ravageurs » mais contrairement à ceux énumérés, les médecins et biologistes sont à peu près sûr que les produits utilisés en bio, dans les bonnes proportions sont presque inoffensifs pour les consommateurs, les producteurs et les écosystèmes d’où sont issus les cultures.

Par contre, on est sûr que les premiers produits sont des poisons puissants, dont les conséquences sont visibles dans les écosystèmes, par exemple avec les insectes, mais aussi dans les corps des gens comme avec les maladies dites émergentes, les malformations des nouvelles générations, les cancers et les maladies dégénératives du cerveau (Parkinson, Alzheimer, etc).

Personnellement j’entends souvent que le bio c’est un truc de bobo, parce qu’au supermarché pour un même produit il y a une différence déraisonnable de prix entre le chimique et le bio, qui est le double, le triple, le quadruple.

Dans les boutiques bio notre regard est attiré par des produits qui sont de luxe et qui reflètent le vrai prix du travail. Les produits de luxe en supermarché ne sont relativement peu cher que parce qu’on tire sur la qualité des matières premières, sur la rémunération des ouvriers ou sur leurs conditions de travail. Sans même parler de ce qui est fabriqué à l’étranger.

Nous sommes tellement habitué à cela qu’on se dit juste que le bio c’est cher. Et donc que ce n’est pas pour nous.

Alors dans les lignes qui suivent je vais tenter de vous convaincre, comme j’en ai moi même l’intime conviction, que le bio c’est pas un truc de bobo, mais qu’au contraire, le bio c’est un truc de prolo.

Les bobos c’est les bourgeois bohème, bourgeois on sait ce que c’est, c’est des gens qui n’ont pas besoin de travailler pour vivre dans le luxe, et qui n’ont cette possibilité que parce qu’ils exploitent des gens à leur place. Bohème, on a un doute mais dans la compréhension générale ça oscille entre naïf et glandeur. Un bobo c’est un peu comme un con, c’est toujours l’autre, et donc c’est bien pratique de dire que quelque chose est un truc de bobo, ça nous désengage et ça légitime notre désintérêt.

Les prolos, c’est nous, c’est les travailleurs. Mais la propagande bourgeoise a bien fait fait son travail et on trouve couramment des salariés qui disent que non, eux ne sont pas des prolétaires mais que eux, c’est la classe moyenne. Sauf que si on y réfléchit, est ce qu’il y a vraiment une catégorie intermédiaire entre les gens qui travaillent et les gens qui exploitent les gens qui travaillent ?

Diviser pour mieux régner, est une tactique aussi vieille que les structures sociales de domination.

Personnellement je me considère comme un prolo et je suis la preuve vivante que le bio c’est un truc pour moi. Ça fait 4 ans que je mange tout bio, intégralement ; je n’ai aucun des problèmes de santé que les gens de mon âge peuvent rencontrer, comme la fatigue chronique, les difficultés de cicatrisation, des fréquences élevées de maladies ou des problèmes que les médecins classent dans les « maladies émergentes », j’ai la satisfaction de ne pas contribuer à la pollution liée à la production de la nourriture chimique, de ne pas pourrir la santé des agriculteurs, je me régale à chaque repas car c’est bon, et le meilleur, c’est que ça me coûte moins cher.

140 euros (à Paris) par mois, tout compris. Véridique !

Avez-vous déjà fait le calcul de combien vous coûte le confort apparent du supermarché ? Et je ne parle pas du long terme avec les maladies, les carences, la déprime liée au fait que manger n’est plus un plaisir, et d’autres choses que vous pouvez imaginer.

Alors comment c’est possible ? Puisque le supermarché nous escroque, qu’à la boutique bio tout est agencé pour nous faire acheter autre chose que les produits de base, et que dans les grandes villes on peut douter de la qualité et de la provenance des produits du marché.

Pour moi qui n’ait pas de potager, c’est n’est possible que grâce à mon AMAP.

Les AMAP vous savez c’est les paniers de légumes bio et locaux, chaque semaine, qu’on obtient parce qu’on est abonné à la production d’un ou une maraîchère. Cela veut dire Association pour le Maintient de l’Agriculture Paysanne.

Chaque semaine j’ai une quantité de légumes frais, locaux et de saison qui me permet d’en faire la base de ma nourriture, d’y trouver mes protéines, mes glucides, mes vitamines, mes saveurs pour cuisiner.

Plus je mange de légumes, moins j’ai besoin de produits d’origine animale et donc ça me coûte beaucoup moins cher. Et c’est là où on va économiser, en énergie pour les écosystèmes, en problèmes pour la société, en argent pour nous même.

L’AMAP a ça de révolutionnaire qu’elle déboulonne toutes les emprises du capitalisme sur ce besoin fondamental qu’est notre approvisionnement en nourriture.

Simplement c’est comme si un groupe de voisins finançait une partie de la production d’agriculteurs pour se nourrir eux même en commençant par les légumes.

L’autogestion de la structure, son organisation fait qu’elle devient irrécupérable par des investisseurs, impalpable pour la domination capitaliste. On évite la grande distribution, l’industrie des engrais et des pollutions, les transports superflus en camion.

Être dans une AMAP c’est arrêter de remettre une pièce dans la machine qui nous oppresse, en court-circuitant l’économie capitaliste, en sponsorisant une autre économie, comme en disant à un ou une agricultrice : « me nourrir de choses saines est un de mes besoins fondamentaux, je te finance une production de légumes pour moi même et les gens que j’aime, en contrepartie tu me fournis chaque semaine. J’accepte que le climat et les intempéries puisse diminuer la taille de mes paniers, mais j’aimerai bien que tu m’en fasses des beaux si les récoltes sont bonnes. ».

Être dans une AMAP ce n’est donc pas être une ou un consommateur, c’est être un acteur d’une autre économie pour un demain meilleur.
Ce demain se façonne maintenant, des milliers de gens sont à l’œuvre pour agir dans leur quotidien, pour peser, nous pouvons être des millions.

Se nourrir en agriculture biologique ne devrait pas être un choix, ni soumis au fait d’avoir de hauts revenus, mais une nécessité pour préserver nos fragiles et ténus écosystèmes, nécessaires à notre bonne survie, en ces temps de bouleversements climatiques. Ces pratiques respectueuses de l’environnement devraient être la norme et pas à la marge. Nous avons le choix de dépenser notre argent pour encourager un système auquel nous aspirons.

Le circuit court nous reconnecte avec notre territoire, nous donne la possibilité de rencontrer celles et ceux qui travaillent à produire notre nourriture.

Adhérer à une AMAP c’est apprendre à aimer à se nourrir simplement, de légumes et de patates principalement, de moins préparer, moins éplucher, de plus manger cru, de faire soi même. C’est oublier les manières d’aristocrates de manger de la viande à chaque repas, de cuisiner à base de produits transformés, et de produits qui seraient de luxe, s’il ne seraient issus des industries qui les dénatures en nous exploitant nous, ou d’autres, inconnus.

C’est faciliter la diminution de viande, de laitages, d’œufs pas chers, venant d’animaux remplis de médicaments et d’OGM, dont les conditions d’élevage et d’abatage sont souvent d’une cruauté qu’on ne préférerait pas voir.

Mettre son argent directement chez les agriculteurs c’est leur procurer un meilleur prix pour leur travail, c’est avoir des légumes bios pour trois-quart du prix de la boutique bio (beaucoup moins cher qu’au supermarché!) garanti sans emballage, ni gaspillage de pétrole, ni exploitation de sans papiers !

Une AMAP ça commence avec des légumes car c’est la base pour cuisiner, mais ça s’étoffe vite pour se procurer d’autres bons produits, selon les envies et la motivation des gens qui la font vivre.

J’espère vous avoir convaincu que non seulement nous sommes légitimes à manger bio, mais qu’on doit agir sur la société pour préserver les sols, nos corps, la vie. Pour nous qui sommes modestes, et qui n’avons ni les moyens de tomber malade, ni de rester oisifs pour soigner notre cancer, nous avons intérêt à ce que notre nourriture soit notre médecine, et pas l’inverse !

Ce qui m’amène à dire que le bio c’est pas un truc de bobo, c’est le cancer et le désinvestissement général qui est un truc de bobo. Et que le bio, c’est pour nous les prolos !

Nous devons rester en pleine possession de nos moyens, et nous souhaitons tous préserver les gens que nous aimons des maladies. Alors donnons nous en les moyens.

Rejoignez l’AMAP proche de chez vous (ou montez la vôtre, on vous aide!) pour faire vivre l’espoir d’un avenir positif et pour construire ensemble les structures de l’approvisionnement en nourriture du monde de demain.

Ce monde c’est le nôtre, il est influençable, il est transformable. Les riches et leurs exécutants nous le prouvent chaque jour. A nous maintenant de le transformer ! Pour l’espoir, et pour l’humanité.

Jean-Charles Teulier