Porteur de paroles – Gilets jaunes Paris acte XXII

Avant dernière série de témoignages pour la grande enquête sociale sur les raisons de l’implication des Gilets jaunes.

Ce samedi 13 avril pour l’acte 22 des Gilets jaunes j’ai fait la manif pour la liberté de manifester qui se déplaçait de la place de la République à la place de la Nation, à Paris. Une autre manif faisait le parcours inverse ! Je l’ai rejointe à République où j’ai fait les dernières interviews.

Ci-bas 13 nouveaux témoignages qui viennent se rajouter aux 77 récupérés lors des actes 14, 16, 17, 18, 19, 20 et 21, en plus du reportage radio.

Bientôt une analyse globale qui cherchera à tirer des grandes tendances de ce mouvement unique. En attendant, faites vous votre propre analyse ! Les gens répondent à la question : « pourquoi es-tu Gilet jaune ? »

La méthode utilisée pour récolter les opinions politiques des gens est celle du porteur de parole.

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Françoise, 65 ans

IMG_20190413_144250« Je ne sais pas si je suis Gilet jaune. Je manifeste avec eux parce que je me reconnaît dans les revendications. Le mouvement me paraît multiforme et je ne suis pas au courant de tout, mais ça me paraît difficile de ne pas y participer. Je me sens concernée, j’ai envie d’une autre société. Aujourd’hui je suis dans une manif pour la liberté de manifester, de s’exprimer. J’ai été à pas mal de manif des Gilets jaunes et on y discute avec plein de gens qu’on ne rencontre pas forcément tous les jours, et c’est intéressant. Je ne me reconnaît pas légitimité car je manifeste et c’est tout. Je ne milite pas, je n’ai pas d’autres moyens d’action, mais j’ai toujours été engagée plus à gauche. »

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Sylvie, 62 ans

« Contre l’injustice. Parce que j’attendais ça depuis un moment. Je ne supporte plus le discours dominant de division entre les gens depuis 30 ans. Je suis contente que le peuple redresse la tête et se batte. Le problème comme dirait Ruffin, c’est l’indifférence. Ce que j’aime dans les Gilets jaunes c’est la solidarité retrouvée. Et cette expérience elle ne disparaîtra pas. Ce qui est important c’est de vivre les choses et que ça se construise. Les gens ne rentreront plus dans leur boîte, et ça prendra peut être du temps mais ça va changer. Pas comme ça mais il y aura des hauts et des bas. Il faudrait un autre système, une 6e république, une autre constitution… Il faut arrêter avec la présidentielle c’est de la merde. Les chose vont converger car il y a beaucoup de mécontentements. Il faut que les Gilets jaunes s’organisent, et c’est bien que ça se fasse. Il y a eu un peu de naïveté au début chez ceux qui n’avaient pas l’habitude des luttes, ils ne s’attendaient pas à ce que ça dure autant et que la répression soit si forte. J’ai 62 ans et je travaille encore, dans le social. »

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Clément, 33 ans

« C’est compliqué comme question. Je porte le gilet par solidarité avec les premiers Gilets jaunes, qui avaient des revendications de niveau de vie. Je suis prof et je suis satisfait de mon niveau de vie. Je porte le gilet pour montrer à l’inverse de ce que dit la télé que les Gilets jaunes c’est l’ensemble de la population et pas juste une poignée d’extrémistes. A la télé on montre beaucoup les images de violence et par exemple l’épisode avec Finkelkraut. Je suis le mouvement pour des questions de justice sociale, pour défendre le modèle français dont on nous dit qu’il est trop cher, alors qu’on a fait plein de cadeaux à la finance. Il est temps de repenser les institutions de la république. Le quinquennat calé sur le mandat des parlementaires fait que la majorité qui prend des décisions ne représente que 10% de la population. »

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Laure, 44 ans

« Parce que je trouve que c’est un mouvement qui pose enfin les bonnes questions et qui dit non à des trucs qui étaient inacceptables depuis très longtemps. Ça met fin à une forme d’apathie. On était résignés et c’est un beau « non » à cette forme de résignation. Au début j’ai suivi le truc d’un petit peu loin et par la lecture, par exemple avec l’article de Florence Aubenas. J’ai vu aussi la vidéo des Gilets jaunes de Commercy avec les maisons communes et je me suis dit : il se passe quelque chose de très important. Des gens qui ne prenaient pas forcément la parole là, ils la prennent. Au début je ne me sentais pas de porter le gilet jaune car j’avais le sentiment que ce n’était pas mon identité sociale, et que ce serait une usurpation. Je me considérais comme une sympathisante et avec la répression, les mutilations, la volonté de montrer la « sauvagerie » par les médias dominants, j’ai commencé à venir manifester. Je faisais depuis septembre les marches pour le climat, et là c’est le même combat puisque les adversaires sont les mêmes : les capitalistes et le gouvernement ultralibéral qui les soutient. Dans mon milieu celui des profs, il y a beaucoup de gens méprisants à l’égard des Gilets jaunes et ça a renforcé mon soutien à ceux-ci. J’y reconnaît la situation de ma famille, je ne suis pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche. »

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Patrick, 58 ans

« Comme tout le monde au départ, pour le pouvoir d’achat. Les augmentations : l’électricité, l’essence etc. Il y a une baisse continue du pouvoir d’achat. L’OCDE dit cette semaine dans un rapport que les classes moyennes sont « laminées et écrasées ». Dans tous les pays riches la classe moyenne est en train de disparaître. Elle a l’impression de payer pour tout le monde. Tous les emplois intermédiaires des classes moyennes sont de plus en plus informatisés et robotisés, je le vois bien dans le milieu de la banque où je travaille. Les prix de l’immobilier là où il y a du travail ont beaucoup augmenté, ça fait beaucoup de mal. J’ai peur qu’à terme on privatise tout et que ça devienne comme aux États-Unis. Pour moi il y a aussi la précarité du travail qui fait qu’on ne peut plus s’engager dans l’avenir, se projeter. Surtout pour les jeunes. L’état est policier on le voit avec la répression disproportionnée. Et l’arrogance du président montre qu’il ne connaît pas la France profonde. Je pense qu’il n’aime pas la France. Par exemple il a appelé les français des gaulois d’un ton méprisant. »

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Sylvie, 63 ans

« On a volé la voix du peuple, on doit lui redonner. On a pas respecté les textes de la constitution et on a arrangé à sa petit sauce, et ça a donné de la mélasse. L’année dernière au mois de mai je suis allée à un débat avec Benjamin Griveaux rue Parmentier dans le 11e, et j’ai prit la parole au nom du parti Les Républicains pour lui dire que la France grondait. Je lui ait demandé que les pensions de réversion des retraites soient reversées en intégralité, je lui ai dit que l’augmentation de la CSG des retraites c’était un scandale et ça l’a fait rire. Quand on veut gouverner un pays il faut le connaître de bas en haut, de haut en bas. Ils malmènent tellement la France qu’ils sont en train de la faire couler. La parole doit être donnée au peuple. »

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Paul, 18 ans

« Parce qu’il y a une crise sociale. J’étais déjà engagé politiquement, j’ai vu qu’il y avait un ras le bol national et je me suis dit qu’il fallait que j’y sois. Je suis lycéen donc je lutte contre les réformes du bac et de parcours sup ; pour l’avenir, pour un SMIC à 1800 euros, pour une retraite à 60 ans, pour mes parents et mes futurs enfants. Je suis pour accueillir les migrants et les clandestins. J’ai clairement envie de changer le système, j’ai une utopie dans la tête. Ça va être compliqué vu comment c’est maintenant, mais je suis optimiste et j’ai de l’espoir. »

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Corinne, 52 ans

« Parce qu’on en a marre du mépris de classe, de l’accaparement des richesses, desIMG_20190413_162350 potentiels de ce pays par une petite caste. Quand on vote on signe pas un chèque en blanc et on peut pouvoir intervenir sur les décisions qui sont prises sans nous, en notre nom. La 5e république n’est pas démocratique. Elle a été faite par un homme qui avait des épaules pour, mais depuis il n’y a eu que des cons. Tout est concentré dans les mains de quelques uns, et les autres n’ont que les miettes. Si on est pas né dans la caste on a pas d’espoir de voir s’améliorer sa situation. J’ai repris les études à 40 ans, ce n’est déjà pas une partie de plaisir mais je galère tout autant qu’avant. Les Gilets jaunes, on ne voit pas d’issue politique et donc on essaie de réinventer quelque chose. En tout cas on sait déjà ce qu’on ne veut plus voir. »

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José, 46 ans

« Pour le pouvoir d’achat. Je défends aussi les valeurs démocratiques et de liberté en Europe, par exemple le droit des peuples à s’autodéterminer. Je suis pour une meilleure répartition des richesses. L’oligarchie concentre finance et argent, il faudrait changer ça. Il faudrait une révolution. On a failli l’avoir au début mais les médias nous associent aux casseurs et l’opinion publique s’est détournée de nous. Je réclame aussi le RIC, avec ça c’est le peuple qui décide de son avenir. »

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Marie-Christine, 56 ans

(Elle sort des feuilles imprimées) « Regarde, ça c’est les questions du Grand débat et les propositions qu’ils donnent comme dans un QCM (questionnaire à choix multiple), c’est orienté. En rouge c’est ma réponse (elle me montre qu’en dessous de chaque question qui lui avait été adressée pour le Grand débat, sous chacune des 3 ou 4 propositions à cocher, elle avait rajouté sa réponse en rouge : une phrase argumentée). Par exemple ils disent que la CSG c’est pas parmi les revendications des gens. Mais ça n’apparaît pas dans le « débat ». La retraite on peut l’avoir si eux arrêtent de pomper dans les caisses. La retraite des autres ils en ont rien à foutre. « Ils » c’est les politiciens. S’ils étaient payés au mérite ils auraient pas grand chose. S’ils étaient notés comme nous ils nous notent… Il faudrait que le vote blanc soit reconnu. J’ai fait 25 ans de gendarmerie et sous Sarko j’ai dit stop. Je commandais 18 personnes et avec les histoires de retraites des militaires en 2003, la loi Fillon ; avec les primes et la pression qu’on nous met, je me suis dit que j’étais là pour protéger le peuple des criminels et pas pour protéger les magouilles. On nous demandait du résultat mais on marchait avec des statistiques, ça nous bouffait. En plus c’est que du pipeau, on dit ce qu’on veut en rentrant les données des statistiques. Je n’ai jamais manifesté car j’étais militaire et là ils ont réussi à me faire sortir. Je suis passé de l’autre côté de la barrière. (Elle me montre les montants des retraites de ses parents, anciens agriculteurs : 578,24 et 979,84 euros, en photo à la fin de l’article. Puis le montant de la pension de réversion d’une de ses connaissance : 565,75 euros avec le calcul du taux de taxe dessus : 9,10% ; son sentiment scandalisé à ce propos se résume en cette phrase:) Ils taxent sur les morts, c’est des vautours. Au fond je suis là pour la CSG. On me prend 70 euros par mois. J’ai 70 euros de moins sur ma retraite. »

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Marie Line, 55 ans

« Mon fils est policier et moi je suis Gilet jaune. Je l’ai déjà croisé en manif. Ses collègues ont dit qu’il fallait que je continue, que j’avais raison et qu’il fallait pas lâcher. Il y a beaucoup de familles Gilets jaunes avec quelqu’un dans la police. Je suis ici pour lui mais aussi pour tous ceux qui ne peuvent pas venir, les handicapés, les retraités, tous ! On est taxés de partout, tu vas faire les courses, tu vois la TVA sur ton ticket de caisse… Avant on avait 100 Francs ont avait un caddie plein, aujourd’hui avec 10 euros vous n’avez que deux trois trucs. Même avec 50 euros vous allez au moins cher. Mon père était mineur on était 8 enfants, il verrait ça il y aurait une révolution. Je lâcherai pas, j’irai jusqu’au bout jusqu’à ce qu’il y ait un changement. Et je suis fière d’être Gilet jaune. »

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Patrick, 24 ans

« Je suis Gilet jaune parce que je souhaite la justice sociale, fiscale, démocratique et écologique… (à ce moment là la police nous oblige à nous lever) … et dénoncer les violences policières. Pour l’augmentation des salaires et minimums vitaux, le retour à la retraite à 60 ans, retourner à des conquis sociaux qui nous permettent de bien vivre. La justice fiscale c’est prendre l’argent là où il est, dans les poches des actionnaires. Il n’y a jamais eu autant de richesses produites en France, pourquoi elle augmente chaque année et que les conditions des travailleurs se dégradent ? Aujourd’hui on donne via le CICE, 40 000 000 000 d’euros aux entreprises, c’est les grosses qui en profitent. Il faudrait là augmenter le SMIC de 300 euros et augmenter tous les salaires. Je suis pour un écart de 1 à 5 dans les entreprises : si tu touches 1 en bas, en haut tu ne peux toucher que 5. Si ça augmente les grosses entreprises peuvent le supporter, pas les petites. Il faudrait redistribuer les aides pour en faire profiter les petites entreprises. C’est un ensemble de demandes immédiates. Personnellement il faut renverser le capitalisme, mais si on veut que chacun soit heureux dans sa vie il faut dépasser le capitalisme. Le système profite à quelques uns, pas à tous. Il faut que les richesses profitent à l’ensemble des travailleurs. A mon avis, ça passe par une révolution. Je travaille dans l’éducation nationale. »

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Karim, 49 ans

« En regardant la télé une fois j’ai entendu Macron qui disait à une dame : « arrêtez de vous plaindre, vous touchez une petite retraite ». Ça m’a renvoyé à ma mère qui touche 900 euros par mois. Je l’ai reçu comme une insulte. Ma mère est femme de ménage elle aura une petite retraite. Au travers de la tristesse de cette dame qui l’interpellait sur un trottoir j’ai vu la tristesse de ma mère. C’est ce qui a déclenché mon rejet, ma critique et ça a été mon premier stade Gilet jaune. C’est une sorte de naissance. Chez les Gilets jaunes j’ai trouvé une communauté, on partage la même condition sociale, les mêmes sentiments. Il y a eu deux ou trois autres événements qui m’ont confirmé mon implication. J’ai rencontré un monsieur de 66 ans qui fait les poubelles pour manger. Il paye son loyer 600 euros et une fois qu’il a tout payé il ne lui reste pas assez. Il m’a dit ça quand on marchait ensemble dans la manif. Il m’a tellement touché que je lui ai payé le coiffeur une fois. Il fait partie de ces gens qui sont dans une zone grise : légalement il touche 1200 euros par mois, il est riche, mais socialement, il est pauvre. Je suis chercheur au CNRS. »

 

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Porteur de paroles – Gilets jaunes Paris acte XXI

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La grande enquête sociale sur les raisons de l’engagement des Gilets jaunes continue ! Sous la forme d’un porteur de parole ambulant j’ai désormais recueilli 77 témoignages dont les 11 ci-bas, pour l’acte XXI des Gilets jaunes le samedi 6 avril à Paris.

Pourquoi l’enquête sociale ? Pour faire taire les bourgeois de la télé, de la radio ou de la presse en exposant publiquement la diversité dans l’unité des différentes raisons d’agir, et pour que chacun puisse se faire sa propre idée, loin des croyances et de la propagande des puissants. Pourquoi la forme du porteur de parole et le cahier désormais fini de 96 pages ? Je l’explique rapidement dans cette petite vidéo faite par Charlie-TV.

Il y avait deux manif et j’étais à celle qui allait de la place de la République jusqu’à la Défense, quartier symbolique de la finance française mondialisée. Il y a eu sur ce chemin deux tentatives de sortie du parcours de la manifestation déclarée, une vers les Champs Élysées, une pour aller sur le périf. Pour l’empêcher, la police nous a arrosé d’un gaz, qualifié par des précédents interviewées que j’ai retrouvé, encore plus puissant qu’auparavant. En traversant les quartiers des riches on a foutu un beau bordel. Puis on a traversé Courbevoie avant de monter sur l’esplanade de la Défense et de se réunir au pied de la grande arche. D’où on s’est fait expulser avant a tombée de la nuit.

Voici donc les 11 témoignages qui viennent s’ajouter à ceux des actes 14, 16, 17, 18, 19, 20, et au reportage radio de l’acte 9. Les gens répondent à la question : « pourquoi es-tu Gilet jaune ? »

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Alexandre, 24 ans

IMG_20190406_150034« Pour de multiples raisons. On se dirige dans une situation qui va devenir de plus en plus dégradée et difficile pour tout le monde. On vit dans un système où le grand nombre ne bénéficie pas des fruits de leur travail. Tout est capté par les parasites d’en haut. C’est la lutte des classes, c’est l’élite mondialisée contre les sans-dents. Pour une révolution des institutions et du système dans lequel on vit. On peut augmenter le SMIC et faire de petits trucs mais ça ne sert à rien. Le 16 mars on a crié « révolution », si on pouvait tout résumer en un seul mot, ce serait celui-là. Une fois j’étais à deux doigts d’aller en garde à vue mais le fourgon était tellement blindé qu’ils ont attendu un camion qui n’est jamais arrivé, alors ils m’ont relâché. J’étais juste passé là, j’avais un casque et un masque et ils m’ont accusé de détenir du matériel offensif. »

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Nassim, 30 ans

« Pour une justice fiscale et sociale. On peut réformer les systèmes, tout le monde peut payer en fonction de leur revenu, ceux qui gagnent peu pourraient payer un peu : 1 ou 5 euros d’impôts, et ceux qui gagnent beaucoup pourraient payer beaucoup. On pourrait baser l’impôt sur le revenu sur 14 tranches, ça permettrait aux classes moyennes qui gagnent entre 1200 et 2000 euros de payer moins d’impôts que maintenant. Et bien sûr le RIC qui se pratique dans plusieurs états aux États-Unis et dans les pays nordiques. Dans ces pays les citoyens ont le contrôle sur les revenus des parlementaires et sur les lois qu’ils votent. Les gens sont investis. »

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Rachel, XX ans

« Je suis là pour le pouvoir d’achat, l’augmentation des salaires et pour mes enfants. J’ai deux enfants, c’est pour leur avenir. »

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Mickaël, 29 ans

« Je suis Gilet jaune car on est tous dans la merde, on ne vit plus, on survit. Pour faire acte de présence on est là à chaque fois, si on est pas violent on est pas entendus. Aujourd’hui avec la manif autorisée Macron il rigole. Il faut baisser les prix de tout ce qu’il y a, pas augmenter les salaires. Après, ça augmente les impôts. Je gagne bien ma vie, entre 1600 et 1800e par mois. Et c’est quand même la galère, on est obligé de se restreindre. Mon père était en intérim, il a fait un crédit pour sa maison et c’était normal. Maintenant c’est même plus envisageable. »

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Patricia, 65 ans

« Je suis là pour l’avenir, de mes enfants, de mes petits enfants et de tous les jeunes. OnIMG_20190406_155743 est taxés de plus en plus et les jeunes n’auront plus rien. Pour que Macron arrête de vendre la France aux multinationales. Lui il touche de l’argent dans tout ça, et c’est les biens des français qu’il vend, c’est eux qui on tout construit et nos jeunes n’auront plus rien. Qu’il arrête de nous taxer et qu’il taxe les riches. Il a prit une journée aux travailleurs, bientôt une deuxième, mais il en a pas prit aux riches. Il y a trop de retraite pour les politiques qui eux s’en foutent plein les poches. Quand quelqu’un du peuple a fait une connerie il y a interdiction de travailler pour l’état pendant 5 ans. Quand c’est les politiciens qui ont fait une connerie eux peuvent continuer leur mandat et compagnie, donc il n’y a pas de logique là dedans. Il faut que ce soit égal d’un côté comme de l’autre, nous on a le droit à une retraite, eux plusieurs, c’est énorme ! C’est très grave ils volent le peuple. Je viens de Colombes dans le 92. Dans l’immobilier ça construit, ça construit, mais rien n’est fait pour les sans-abris. C’est honteux. (Son fils à côté : ) « Macron n’a pas tenu ses promesses, c’est un menteur »

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Nicolas, 41 ans

« Parce que je veux vivre et pas survivre. Je travaille sur les routes pour Vinci, vu combien je suis payé et combien ils gagnent je suis scandalisé. Ils brassent des milliards. Il faut arrêter avec ce système corrompu, dans les écoles, dans les hôpitaux par exemple. Je viens de Béthune dans le Nord, il y a 3 semaines ils ont licencié 80 personnes dans un hôpital. J’ai été à celui de Seclin pour une sciatique et je suis resté 4h sur une chaise à attendre. Finalement je suis parti dans une clinique privée où j’ai été accueilli. Il faut arrêter de couper dans les hôpitaux, les écoles, alors que les gros touchent le CICE. C’est tout pourri le système. Aujourd’hui on va à la Défense c’est symbolique, tant que ça casse chez nous ils s’en foutent, mais chez eux c’est autre chose. (Les CRS chargent et gazent une partie de la manif qui avait tenté d’entrer sur le périf’ ) Regarde, le périf est bloqué tout l’année… Rien à foutre ! Rien à branler. Bientôt c’est fini. »

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Côme, 23 ans

IMG_20190406_160523« Je suis photo reporter, Côme Sittler. Je ne roule pas sur l’or et le métier est difficile mais je me sens un peu distancié quand même, pour faire ce que je fais c’est important de garder une distance, si je suis impliqué à fond je serai influencé, et je veux travailler pour que les gens se fassent leur propre idée. Je suis là pour montrer ce qu’il se passe dans le monde. Si demain il y a des gilets rouges je serai là aussi. »

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Fabrice, 53 ans

« Parce que je trouve que la hiérarchisation des humains est un déshonneur pourIMG_20190406_162751 l’humanité toute entière. On a tous un désir de supériorité et la société libérale ne te renvoie qu’à ça et ça te déshumanise. Les Gilets jaunes c’est pour moi un mouvement profondément humain, pour la justice sociale et fiscale. Avec mes photos j’espère faire à long terme un bouquin. Avec des amis j’aimerai créer une plate-forme internet qui réunit les différents avis politiques. Surtout spécifiquement des issues politiques, au sens institutionnel. A la fois sur le plan de l’histoire politique des Gilets jaunes, quelque chose qui retrace, comme avec Nadine Mourot, et à la fois un lieu de débat. La plupart des Gilets jaunes sont défavorables à une construction politique commune parc qu’on pense que ça va diviser. Il faudrait quelque chose qui synthétise les différences. Je pense que c’est possible. Pour moi il y a une force et un espace politique qui permet la formation d’un parti. Je pense que si on oublie la composante de droite des Gilets jaunes ce serait injuste. Allez voir ma page Facebook. »

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Mokran, 65 ans

IMG_20190406_164412« Pour me promener. Je suis un adepte de la maire de Paris, et comme elle veut des rues piétonnes, ben nous on les créées. Simplement pour dégager Macron et sa cour. On bouche, on empêche jusqu’au moment où il craquera. Je sais bien qu c’est pas pacifiquement qu’il va craquer mais on lâche rien. Le fond de tout ça c’est arrêter le racket sur le peuple. Ça suffit, on pioche, on vole sur la retraite des gens. Y’aura toujours des riches et des pauvres, mais moi je vois les très très riches qui volent les pauvres. Depuis 40 ans les gens qu’on élit nous dépouillent, et ils s’occupent que de leur cul. Aucune parole ! C’est nous leurs employeurs. Un an, deux ans à la barre : ils nous foutent dans la merde. Dégage ! Licenciement. Le pouvoir, la tête de l’état devrait être un sacerdoce et pas une carrière. Une fois le mandat rempli on ne devrait pas donner de retraite : dégage ! »

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Louis, 29 ans

« J’en ai marre qu’on tape sur les plus pauvres pour faire gagner du pognon au pays, alors qu’on pourrait le prendre ailleurs. Il y a une haine des pauvres. Par exemple s’il le sont c’est de leur faute, c’est leur destin, qu’ils le méritent. Et là par exemple, il viennent à Paris pour leurs idées et on leur casse la gueule et on les décrédibilise. Je veux faire acte de présence et participer car j’en ai marre de l’inaction de mon entourage et de regarder les choses de loin. Je viens d’un milieu d’école d’art à Paris, tout le monde là bas se dit de gauche, mais quand vient le moment de parler de choses concrètes, et pas seulement du passé politique, on détourne le regard. C’est un milieu d’idéologie bourgeoise. C’est valorisé d’être le gars qui va en chier, qui va taffer tout le temps mais en fait les gens qui gagnent beaucoup, ils en chient trop pas. Tout ça c’est pas quelque chose qui va de soi, par exemple les congés payés : quelques uns seulement se sont battus pour les avoir et tout le monde en profite. »

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Abdel, 40 ans

« Parce que Macron est un menteur, j’avais cru en lui. Il promettait le ciel et la lune alors qu’on est descendu aussi bas que prévu. Il promettait une réforme des institutions mais il n’agit pas comme un démocrate. Au sein d’En Marche c’est lui qui tient tout. Je peux le dire, j’y étais. C’est un dictateur, tu dis que t’es pas d’accord on te remet à l’ordre où on te vire. Même au Rassemblement National (nouveau nom du FN) ils ont des courants qui s’expriment démocratiquement. Macron avait dénoncé Lepen et Fillon, alors que les Gilets jaunes ils leur crève les yeux… Macron soutien les dictateurs ouvertement : Xi Jinping par exemple qui oppresse les minorités et tous les dictateurs en Afrique qui lui assurent le pillage du continent. Je soutien donc les Gilets jaunes car ils apportent une part d’humanité à ce monde, comme tout être humain. Maintenant je voterai plutôt une liste progressiste comme Hamon, qui prône les libertés publiques et la démocratie. Il n’est pas normal de dire que dans une démocratie c’est pas la rue qui gouverne. Dans une démocratie c’est la rue qui doit gouverner, sous une certaine forme. Avec Macron on a eu un quinquennat où la démocratie n’a jamais fonctionné de manière aussi médiocre. C’est la raison pour laquelle les Gilets jaunes qui portent la couleur de la lumière positive demandent une réforme des institutions, un nouveau mode de scrutin démocratique, ainsi que le RIC pour se faire entendre, et c’est normal. Que l’on vienne exprimer ses émotions au travers des manifestations c’est totalement humain. Moi je suis au centre et humaniste. Avec Macron maintenant je me sens à gauche, il a voulu casser les clivages droite-gauche mais ils ont reprit le dessus. Maintenant qu’on est là dans la rue, quand on est otage d’une telle crise, on est libre de juger une telle situation. Demain je serai présent au rassemblement pour exiger le changement en Algérie et la fin des discriminations machistes et sexistes, et plus d’humanité. »

 

Porteur de parole – Gilets jaunes Paris Acte XX

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7 nouveaux témoignages pour l’enquête sociale sur les raisons de l’engagement des Gilets jaunes. Le samedi 30 mars pour l’acte 20 des Gilets jaunes j’ai fait le parcours de la manifestation déclarée. Une marche remplie de symbolique puisqu’elle se terminait sur le parvis des droits de l’homme, place du Trocadéro.

Ces témoignages viennent se rajouter aux 59 précédents des actes 14, 16, 17, 18 et 19 en plus du reportage radio de l’acte 9.
La méthode utilisée est celle du porteur de parole, pour se faire sa propre opinion, à partir des paroles des manifestants révolutionnaires.

Vers 18h30 toute la foule avait été évacuée du parvis des droits de l’homme par la police, on le voit sur la dernière photo. Là aussi, tout un symbole.

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Reine-Rouge, 59 ans

« La première raison essentielle c’est que l’avenir est au peuple. C’est le temps des peuples, c’est à nous de prendre le pouvoir. Nous produisons, soignons, divertissons, qui faisons tout y compris faire gagner de l’argent aux riches. Cet argent doit servir à l’intérêt général. Ce n’est plus le temps des partis politiques qui nous divisent. Plus il y a de partis politiques et moins il y a de démocratie. Il n’y a qu’un seul parti c’est le parti du peuple. On ne veut plus de députés ni de sénat, on veut des assemblées citoyennes dans chaque département, dans tous les quartiers. On veut des représentants qui ne sont pas rémunérés et qui sont révocables du jour au lendemain. On sait gérer notre budget, on saura gérer notre pays ! »

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Jonathan, 31 ans

« Contre la privatisation des services publics (il montre les tickets de péage d’autoroute sur son gilet et dit qu’il y en a pour plus de 1000 euros). Pour le RIC, pour qu’il n’y ait plus de SDF, qu’il n’y ait plus de riches ni de pauvres. Contre la fraude et l’évasion fiscale qui nous coûte chaque année un peu plus de 200 milliards d’euros. Et je fais ça aussi pour ce qu’on appelle les boulots Kleenex. Je travaille chez EDF, il y a un gros taux de suicide. On fait 80 heures par semaine payés un peu plus que le SMIC, comme on a pas d’horaire. On a un turn-over pas mal et de plus en plus de suicides. Pour moi je vis bien mais je trouve ça complètement indécent d’avoir des gens qui meurent dans la rue : 566 SDF l’année dernière, et qui ont été comptés. Je suis pour des médias indépendants et qu’on arrête la dictature de la pensée. Je viens de Laon dans l’Aisne et c’est la 16e fois que je viens à Paris pour une manif Gilets jaunes. »

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Vincent, 46 ans

« Sur un plan monétaire, l’augmentation égalitaire monétaire pour tous quelque soit la fonction du salarié. C’est à dire que si le patron est augmenté d’un euro alors le salarié est augmenté d’un euro aussi. Sur le plan politique : que tous les partis politiques aient un compte commun pour leur financement. Quand tu donnes de l’argent à un parti c’est en partie défiscalisé. Il irait sur un compte commun et serait partagé entre tous les partis. Abolition des avantages en nature de tous les ex-politiciens. Comme avec Valérie Giscard d’Estaing qui a le droit à un véhicule avec chauffeur etc. Y’ a Chirac, Sarkozy, Hollande aussi. Tous ceux qui ne sont plus au pouvoir ne devrait plus avoir ces avantages. Chaque ex-président a le droit à 11 000 euros par mois. Et les ex premiers ministres ont aussi des avantages. Je trouve ça scandaleux. Y’a le SMIC, le minimum, ben il faudrait faire pareil avec un salaire maximum. L’ex PDG de Renault Carlos Ghosn gagnait plus de 40 000 euros par jour, c’est indécent ! »

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Nora, 48 ans

« Parce qu’on m’interdit de manifester. A partir de ce moment là, l’acte 18, j’ai dit non et j’ai voulu y aller même si j’avais peur. Parce que je suis mère, salariée, fille d’immigré et femme. Ce mouvement m’a permis de me réveiller, de me dire que je suis vivante. Les blessés, le traitement des médias, le mépris de manière générale ça m’a fait dire qu’il fallait que j’y sois. J’en avait ras le bol de battre le pavé pour rien avec les syndicats, de perdre ma journée pour rien car les lois passent. L’idée du RIC où les citoyens peuvent faire leur lois ou les changer ce serait ça la démocratie. On vous demande de voter un fois tous les 5 ans, mais si c’est pour faire ce qu’ils ont envie de faire… On y croit plus. Là j’y crois et je reviendrai tous les samedis, sans ramener mon fils. Lui, il a quinze ans, et je me suis aperçue que j’avais un travail d’éducation citoyenne avec lui à faire. »

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Pauline et Yann, 28 et 40 ans

« Je suis Gilet jaune car la population que je vois ici c’est mon peuple. C’est les gens qu’on ne retrouve plus dans notre quotidien, c’est la vraie France. Moi je n’ai pas de problème d’argent mais je suis ici par solidarité, par ce que je suis catholique. J’ai été convertie il y a deux ans et ça m’a permit de ne plus être malheureuse à cause de ce monde matériel. Je viens avec une croix catholique dans mon dos, des gens viennent me voir et me parler. A la base notre pays est catholique. Les gens sont très heureux d’entendre parler de la religion chrétienne. Je viens ici aussi parce que c’est peut être les derniers morceaux de France qu’on va voir de notre vivant. (Son mari à côté ajoute) « Même si les Gilets jaunes échouent au moins ils auront prouvé efficacement que leurs problèmes ne seront pas résolus par la rue. Il fallait qu’on le sache et qu’on abatte l’illusion. Les Gilets jaunes sont en train de prouver qu’on est en dictature. »

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Jérémy, 35 ans

« Je me sens Gilet jaune pour tous ceux qui sont en dessous le gilet et qui sont de mon bord, c’est à dire qui ne veulent ni chef ni représentants et qui sont pour l’auto-organisation. Il faut que tout le monde s’y mette, une grève générale et le boycott des grandes enseignes. Ici il n’y a pas de gens qui ont l’esprit bourgeois, j’ai l’impression qu’il y a des prolétaires, des chômeurs, des smicards, la banlieue, des profs, des retraités etc… Je pense qu’il faut que les jaunes mûrissent marrons. On doit tous sortir de l’exploitation, de la plantation. La banane elle est jaune, quand elle mûrit elle est marron. On doit tous être des negmarrons. Pour moi ici c’est les mêmes gens, ceux qui ont conscience qu’on peut pas rester devant la télé pendant que nos conditions de vie se dégradent. Il y a des gens qui se bougent et qui se réveillent parce qu’on rentre en dictature. Les pogroms anti-Roms c’est pour se faire diviser le peuple. Les centres de rétention, on jour sur les mots, c’est des camps de concentration… J’ai pas dit camp d’extermination! Et la Seine-Saint-Denis c’est un ghetto. Toutes les révoltes sont légitimes. A partir du moment où ça se lève contre le système, il faut être avec. Il ne reste pas longtemps pour sauver l’écosystème. C’est la planète Terre qu’il faut récupérer, et qu’on se débarrasse des parasites capitalistes. »

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Michaël, 38 ans

« Je ne me sens pas Gilet jaune. Déjà c’est un truc en plastique. Je suis pour l’augmentation de l’essence sur Paris. Moi je suis à vélo, il faudrait construire plus de pistes cyclables. Par contre je suis là car la qualité de vie des gens est pourrie. Tous les jours il y a une info on l’impression qu’on lit le Gorafi (journal en ligne satyrique, de fausses informations), alors que ça se passe en vrai. On en a marre d’être pris pour des cons par ces gens là. Il y a une détresse climatique et sociale. Je suis pour plus de transport en commun, qu’il y ait moins d’avions, moins de paillettes et de plastique. Il faut la paix, la liberté, l’égalité, la fraternité, l’unité, c’est important. On est tous dans une même galère et on a pas le temps de se détester les uns les autres. On parle beaucoup à la télé des racistes chez les Gilets jaunes, alors je suis venu voir de mes yeux. C’est ma première manif Gilets jaunes. J’étais à la COP 21 pour la manif avec les chaussures qu’on a posé pour Emaüs, et après j’ai fait 24h de garde à vue. Les flics m’ont mis une balayette, ils m’ont enlevé mon sweat-shirt car il y avait une ficelle dessus : pour pas que je m’étrangle, mes chaussures, mon sac à dos et tout ce que j’avais dans mes poches. Ça m’a refroidit des manifs. Ce que je trouve bien ici c’est qu’il y a beaucoup de provinciaux et de campagnards et qu’ils se rendent compte de la violence de la police sur Paris. Tout ce qu’on voit qui touche les cités avec les histoires de matraque dans le cul des gamins. Il faut que les gens voient que ça se passe comme ça aussi. »

 

Porteur de parole – Gilets jaunes Paris acte IXX

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Le pouvoir avait prévenu: la répression serait implacable et promettait à demi mot l’usage de véritables armes à feu pour calmer les ardeurs et faire peur à toutes celles et ceux qui ont encore quelque chose à perdre. Les Champs-Élysées étaient hyper-sécurisés et n’y circulaient que touristes à pieds, policiers en nombre et voitures de luxe dans une ambiance surréaliste. 

Mais les révolutionnaires ne se sont pas laissés impressionner et partout en France les gens ont défilé. A Paris, il y avait deux rendez-vous: une manifestation déclarée où les gens ont de nouveau scandé « révolution! » et qui a fini en manif sauvage ❤ . Et un sitting sur le Parvis de droits de l’homme au Trocadéro où j’étais !

Deux personnes sont dans une situation préoccupante du fait des durcissements des répression. Une dame de 71 ans à Nice qui portait un drapeau « PAIX » dont la tête a heurté un plot de mobilier urbain lors d’une charge de police, qui est dans le coma. Et un ou une policière qui a fait un malaise sur la place de la République à Paris qui était hier « entre la vie et la mort » et dont on ne sait pas si elle se rajoute aux victimes des empoisonnements aux gaz incapacitants ou s’il s’agit de surmenage du fait des cadences infernales de la police. Les deux cas sont symboliques de la déconnexion du pouvoir et ternissent un peu plus son image. Cela est encore possible. 

Au Trocadéro, tout s’est bien passé, beaucoup de gens venaient voir avant de partir rejoindre la manifestation, il y avait donc peu de monde mais j’ai pu faire 9 nouvelles interviews ! Elles sont faites avec la méthode du porteur de parole et viennent se rajouter à celles des actes 14, 16, 17, 18 et 18 bis en plus du reportage radio. En tout cela fait 59 témoignages pour la grande enquête sociale sur les raisons de l’engagement des révolutionnaires.

Faites vous votre propre idée ! Loin des opinions orientées et  prédigérées des médias du pouvoir !
Les gens répondent à la question: « Pourquoi es-tu Gilet jaune? »

Aleth, 85 ans

On reproche aux Gilets jaunes de ne pas tous dire la même chose, mais en effet chaque personne a des conditions d’existence différentes les unes des autres : sa situation, son âge, son sexe etc. Ils parlent tous de leurs conditions d’existences actuelles qui ne leur permettent pas de vivre. Ils sont donc dans la même perspective d’exister et de permettre à leur famille d’exister. Moi ce qui m’a choqué terriblement c’est Macron qui dit qu’il faut faire venir du capital productif. Pourquoi le faire venir ? Il est là ! On cherche des leviers de relance du dynamisme mais Macron laisse de côté / ne voit pas / ne veut pas voir celui qui existe : l’existence des gens. C’est les gens le capital productif. Si on veut faire des travaux pour améliorer le monde tel qu’il est il faut investir maintenant dans des travaux productifs à longue échéance. Quand on construit un pont, on le commence maintenant et il n’est pas utilisable tout de suite. En dehors des Gilets Jaunes on entend par exemple à la radio des gens qui ne voient pas comment faire la relation entre le climat et l’activité sociale, l’activité coordonnée des gens. Dans le Grand débat on a entendu : « Il faudrait que les gens travaillent ensemble » mais la politique dont la première référence est le marché dit le contraire puisqu’il les mets en concurrence. Jamais dans la présentation entre Macron et les intellectuels du Grand débat à l’Élysée il n’a été question qu’ils étaient d’abord des citoyens comme les Gilets jaunes. Les citoyens vivent sur terre, ils ont besoin de la terre pour tenir debout, pour penser, pour exister. Ils pensent à partir de leur expérience. J’ai entendu au cours d’une émission : « Un nouveau beau projet dans le triangle de Gonesse : l’agriculture biologique pour nourrir la région parisienne ». MAIS sans les agriculteurs actuels qui savent comment cultiver la terre.

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Patrick, 64 ans

Je veux une assemblée constituante pour une sixième république et même si c’est Macron qui la fait demain, je signe. Les gens réclament du travail mais plus ça va et moins il y en aura. Pour l’assemblée constituante il faudra 50% d’hommes et 50% de femmes, tirés au hasard dans la population. Et pas que des énarques, même s’il y en a au hasard, il y en aura, ils n’y sont pour rien. De toute façon on a pas besoin de changer de président, dans une 6e république il n’y a plus de président. Je suis persuadé que t’es pas plus con qu’un mec qui va siéger au sénat, ni elle (il montre sa voisine), ni moi. Il suffit que l’assemblée donne une direction et ensuite on a des fonctionnaires qui se démerdent pour sortir le texte de loi. On ne veut pus d’OGM, on ne veut plus d’OGM voilà !.. Peut être que ressortira lors d’une assemblée constituante le fameux salaire universel. Je pense que rien ne changera dans ce pays tant que les prolétaires continueront de voter à droite. Il y a des prolos qui se gourent et qui vont voter à droite et tout ceux qui ne vont pas voter. (son voisin l’interrompt : « Et ne pas voter c’est abonder ! »). Je veux une assemblée constituante établie par thèmes : l’écologie, la finance, les statuts sociaux et tout ça. Il peut y avoir des groupes de travail qui fonctionnent et où on tourne dedans. On est capables de le faire, l’Islande l’a fait.

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Christophe, 44 ans

Parce que j’ai peur de ne pas pouvoir remplir l’assiette de mes prochains. Je pense que la pérennisation de l’être humain sera dans l’entraide et pas dans l’individualisme. On est toujours en train de se comparer à des systèmes très libéraux comme l’Allemagne, les USA etc… mais on ne parle jamais de l’Islande. Pourquoi ? Parce qu’on veut maintenir les français dans l’esclavagisme. « Il est plus facile de vivre en esclave qu’en homme libre ». Parce que j’ai des convictions humaines, je veux que les retraités qui ont passé leur vie à travailler, ou pas, aient le droit de vivre dignement, que l’handicapé, que la femme au foyer aient le droit de rêver. Il y a beaucoup de solutions simples : interdiction de l’obsolescence programmée, interdiction de fabriquer de l’électroménager en dessous de la classe A, consommer localement… J’essaie de trouver un maraîcher qui travaille avec les agriculteurs du coin. Je mange des fruits et légumes de saison. Des jeans et des Nike à 180 euros on pourrait les fabriquer en France et payer dignement les gens. Et je veux le droit à l’oisiveté, l’humain oisif est toujours très créatif. Je veux le salaire universel et qu’on instruise nos gens, qu’on arrête de les maintenir dans de fausses idées. Si c’est pas toi qui appuie sur le bouton d’une chambre à gaz est ce que c’est vraiment un autre qui le fera ? Par rapport à la mondialisation on précarise les français en disant : « oui mais regarde on donne du travail aux petits travailleurs des pays pauvres » au détriment de la population française qui a de moins en moins de travail. Les gens, ils sont pris dans des emprises comme des dettes, des crédits, les factures… Ils sont sous nasse et on les accuse de nourrir un système qu’on leur impose.

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Catherine, 63 ans

Parce que c’est un mouvement qui se soulève par rapport à notre oligarchie. Comme tout le monde j’en ai marre de la hausse des taxe et de toutes les hausses. J’en ai marre que nos biens, que tout ce qui est à la France parte en petits morceaux, vendus aux actionnaires. Il faut aussi arrêter avec les différences de salaire et avec ce que les hauts fonctionnaires ont en privilèges. Il faut surtout penser au peuple car dans une France qui se dit riche il ne devrait plus y avoir de pauvres ni de SDF. Il faut enlever les taxes sur les produits de première nécessité pour que les gens arrivent à se nourrir à peu près correctement, et qu’on arrête de sucer les retraités car ils méritent une bonne retraite. Ils ont travaillé pour nourrir tout le monde et maintenant il y en a qui fouillent dans les poubelles. (son voisin ajoute : « et il y en a qui dorment dans leurs voitures) »

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David, 40 ans

Parce que je suis né Français. Parce qu’on est tous ensemble réunis sous une couleur, la couleur jaune qui représente à mon avis le drapeau français. Là, j’ai trouvé que c’était juste, alors que je n’avais jamais manifesté de ma vie. Là, on est légitimes. En 2005 ils avaient dit « regarde, c’est le problème des banlieues », là c’est tout le monde et ça se voit. La violence sociale elle est là. Moi je suis pour une violence mesurée : si c’est pour prendre le pouvoir d’accord mais si c’est pour casser les magasins des capitalistes ça ne m’intéresse pas. Je suis venu car j’ai confiance en le fait qu’on soit tous ensemble.

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Jean, 77 ans

Parce qu’il y en a marre depuis des décennies de vivre dans un pays qui est plus fait pour le fric. Pour retrouver la liberté avec les Gilets jaunes, et pour le RIC. Et pour la démission de la bande de crapules qu’on a au gouvernement. Tant que le peuple ne pourra pas décider, on arrivera à rien. Le peuple ne bougeait plus et maintenant il y a une fraternité qui se remet en place, il nous manque maintenant l’égalité. On en est loin ! Ce matin je suis allé aux Champs Élysées, il y avait du monde mais on ne pouvait pas circuler. J’ai discuté avec un CRS qui m’a dit : « c’est les ordres ». Les CRS ont les mêmes problèmes que nous comme le pouvoir d’achat. Il paraît qu’augmenter l’EDF ça va jouer sur le réchauffement climatique. Je veux bien mais c’est l’Europe de l’argent. On appauvrit les peuples mais les riches s’enrichissent. Moi je suis retraité et je paye la CSG au maximum, on dit qu’on va nous rembourser en juillet mais on y croit plus. Macron a perdu la confiance du peuple, et là tout le monde en a marre. Les gilets jaunes c’est un symbole, sans ça il y aurait quand même les gens dans la rue. On aura rarement vu un mouvement qui dure aussi longtemps malgré la répression. Ils soufflent sur des braises. Si on regarde l’histoire de France il n’y a aucune révolution qui ne se soit passée sans casse. Le pacifisme, le gouvernement, il s’en fout. Il va falloir envisager d’autres formes de lutte. Nous ils nous accusent de racisme, d’antisémitisme, d’homophobie etc. Mais eux ils n’ont aucun défaut… Quand j’ai vu comment ça se passait le 17 novembre, avec mon expérience je me suis dit qu’on allait vers la révolution. Et on y va. On nous sucre des jours fériés pour les vieux mais moi depuis 2013 plus les prix augmentent et plus mon pouvoir d’achat diminue. Je payais des impôts sur le revenu, j’en paye plus. Je fais partie de la population qui a été appauvrie. Quand les gens ont plus rien à perdre, là il faut se méfier car on va vers une révolution. On a l’impression qu’on revient au temps de Louis XVI, aujourd’hui comme dans ce temps là il n’y a que deux catégories : les pauvres et les riches.

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Thibault, 23 ans

Dans l’espoir de regagner une souveraineté populaire. On se retrouve avec des pouvoirs transnationaux, si on dégage pas Macron du pouvoir on y arrivera pas quand même. Ça fait une dizaine d’années que je fais des manifs et là ce que je vois c’est des gens qui n’avaient pas souvent faits de manif, qui se déplacent et qui prennent de leur temps, de leur énergie, de leur vie de famille. Je suis pour le Frexit, c’est la thématique principale, car sinon, pas de possibilité de souveraineté populaire. Par exemple le RIC ne peut pas être mis en place en Europe. Pas de Frexit, pas de RIC. On fait des vidéos avec lesquelles je suis dedans. Je fais du reportage pour le média pour tous et je fais des actions en semaine le lundi et le jeudi avec les Gilets jaunes Constituants, sur Paris. Pour multiplier les terrains de lutte et expliquer aux gens comment s’extraire des institutions et faire autrement. Je fais des ateliers constituants. Je suis pour un RIC en toute matière mais j’en pense ce qu’en pense Pierre-Yves Rougeron, c’est à dire que le RIC ne doit pas être utilisé de manière systématique car sinon ça devient inefficace.

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Benoît, 39 ans

Parce que j’y crois. Le RIC je suis pour SI les gens, les votants, les exprimants sont bien informés. C’est à dire je suis contre le RIC en 2020 parce que pour moi les gens ne sont pas prêts à être en capacité de discerner le bien du mal, comme par exemple dans le système médiatique. (Son voisin l’interrompt : « moi je suis Gilet jaune car la vie elle est chère, c’est la première fois que je viens en manif », un rapide échange s’ensuit et Benoît donne 100 euros à son voisin). Je veux un monde de justice et je sais qu’on peut pas gagner par la manif, par la violence, par les pancartes, on gagnera par l’intelligence et par l’entraide. Il y a une merde quelque part, comment ça se fait qu’on trouve du hashish partout en France ? On achète la paix sociale. J’ai 40 ans et je vis chez ma mère, mais c’est bien car si elle a besoin de moi je suis là. Pour le système c’est la catastrophe, un échec car tu ne consommes pas. Mais en fait c’est un joyau, et c’est beau. Avec les Gilets jaunes maintenant je comprends le sens de ma vie, la vie que je mène, pourquoi elle est comme ça. On a pas besoin d’être une majorité pour gagner, tu peux être une minorité et gagner.

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Tony, 28 ans

Indignez vous ! Je vois pas comment aujourd’hui on peut continuer à aller droit dans le mur. Il y a des militants qui se disent pacifistes mais ça arrange l’état car il en profite pour instrumentaliser et diviser les gens via les médias. Je suis Gilet jaune pour l’avenir de nos enfants, pour qu’ils ne grandissent pas dans une France où les gens des grandes entreprises n’ont aucun rapport humain : des mecs prennent des décisions pour 1000 personnes et ils ont même pas la décence de venir le dire eux même. Les gens dans la rue ont tous un travail. Le peuple va reprendre ses droits et une souveraineté qu’on a perdue. On est dans une société de paraître, quand tu étudies le monde les gens ne te comprennent pas car quand ils sont au travail ils ne prennent pas le temps de se cultiver et pour comprendre. L’économie dicte les règles au détriment de humains alors qu’elle devrait être à son service. La liberté de se foutre à poil et de faire des vidéos on l’a, mais celle de parler de sujets politiques capitaux pour la France et le Monde, non. Dans les médias si tu arrives à parler d’un sujet qui les fait chier il te mettent une pause pub. Pour l’acte 18 j’ai rencontré un clochard qui venait de se faire plaquer au sol par les flics, juste pour l’humilier. Je suis Gilet jaune pour l’égalité. On te dit que si tu travaille tu vas réussir dans la vie, mais seulement si tu as pas d’éthique. Il y a plein de libres penseurs qui sont bien à écouter : Michel Collom, Michel Onfray, Étienne Chouard, Thinkerview.

Qui veut faire la révolution ?

Tu veux ?

Elle est là, elle te tend les bras.

Samedi 16 mars sur les Champs-Élysées à Paris pour l’acte 18 des Gilets Jaunes quelque chose s’est passé. Plusieurs fois dans l’après midi la foule, oui la foule, a scandé « révolution ! » Ce fut un grand moment d’émotions collectives. Des sentiments de force, d’unité, de lucidité et de détermination ont fait vibrer les cœurs d’un espoir commun.

On était assez. On était déterminés. On pouvait la faire la révolution. On était en train de la faire.

Et on l’a gueulé !

Ça prendra peut-être du temps, mais on va gagner. Pas le choix de toute façon. Sinon l’espoir est mort.

Il ne reste que quelques années pour tout changer sur terre et limiter les catastrophes écologiques à venir. En politique on a tout perdu, les mécaniques de la 5e république, les pratiques et le public de la politique française font que rien n’arrivera de bien pour nous qui viendra de la petite caste aux manettes du pouvoir.

Alors tu sais où elle se passe la révolution ? Ouais tu le sais. A trois endroits : dans ta tête, dans ta vie et dans la rue avec le reste du peuple, en gilets jaunes, ou pas. Si t’es prêt dans ta tête alors t’es prêt pour aller dans la rue. Si t’es prêt pour aller dans la rue, alors t’es prêt pour changer ta vie.

Oui il y a la violence de la police, il y a les flashball, et puis y’a plein de trucs tout ça. Mais normal, en face il vont pas se laisser faire et surtout faut faire peur aux moins déterminés. Si tout le monde faisait du sabotage… T’imagine ?!

T’as pas besoin de lancer des pavés ni d’être masqué ni quoi de spécial. Mais faut être là. Pour faire nombre. Masse comme eux ils disent. Peuple comme nous on dit. Et de suivre ce qu’il se passe, de faire attention aux autres et à soi. Après pour le reste, c’est toi qui voit si tu participes ou pas.

Là maintenant, c’est le moment où jamais. Trop de mutilés, trop de blessés, une femme tuée déjà, et combien de vies sur le fil du rasoir ?

Et toi ?

Tu veux la faire la révolution ?

 

 

 

crédit photo: Marion Vacca – Facebooksite

Porteur de parole – Gilets jaunes hors manif #1

Difficile d’interviewer tout le monde en manif ! Surtout ce samedi 16 mars pour l’acte 18 des Gilets jaunes. Pour faire suite aux entretiens de l’enquête de samedi voici 5 entretiens plus denses que d’habitude faits exceptionnellement hors des manifestations.

Pour les 4 premiers c’est la méthode du porteur de parole qui est utilisée, pour le dernier, Valérie a tenu à envoyer son témoignage et l’a rédigé pour qu’il soit publié, sa démarche est appréciée.

Ces témoignages « hors manif » complètent ceux de l’acte 18 car ils ont été fait avant ou après avec les révolutionnaires qui y ont participé. Merci à eux pour le temps consacré à cette grande enquête sur les raisons de l’engagement des Gilets jaunes avant de repartir dans le sud! Les témoignages répondent à cette question: « pourquoi es-tu Gilet jaune? »

Aria, 20ans

« Pour pouvoir voter nos lois nous même, par exemple avec le RIC, je pense qu’on est tous Gilets jaunes pour la même chose et si on a le RIC alors on a tout. Je suis déjà activiste antispéciste et même au niveau animal on pourrait obtenir de meilleures réglementations. Par exemple avec les poules en cages, les animaux dans les cirques, les fourrures, la majorité des gens sont contre, en Belgique et en Suisse par exemple c’est interdit. Et pas que ça c’est aussi pour une justice sociale et fiscale. Je gagne 450 euros en brut et 300 euros en net, en été je gagne 2000 euros, je donne beaucoup et je n’ai droit à rien. Je crève la dalle à la fin du mois et on ne rend pas assez aux gens par rapport à ce qu’on donne. Je n’ai pas d’APL, pas de prime d’activité, soit je gagne trop soit pas assez. Avant les Gilets jaunes, ça faisait trois mois que je n’avait pas été faire les courses. J’ai mangé sur les rond-points, on a fait à bouffer : on faisait une grande bouffe tous les jours et Christelle, une dame du rond-point me faisait de la bouffe végan. Ce mouvement a rassemblé les gens, on s’est entraidés : si on met un message sur Telegram on se fait aider. Pas comme avant ! On a retrouvé la solidarité sur les rond-points comme dans un petit village. Si ça ne marche pas on va continuer à tout péter. De toute façon il n’y a que ça qui marche, regarde ça a fait revenir Macron. On va changer de rue et il va craquer, il ne faut pas s’arrêter. Quand tous les capitalistes vont lui tomber dessus, il sera obligé de changer les choses. »

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Clément, 21 ans

« Au début je ne pensais pas que ce serait plus d’une manif et quand j’ai vu que ça continuerait et que ça mobilisait des personnes de tous horizons, j’ai pensé qu’il fallait y rester et motiver plus de monde pour que ça perdure. Mes motivations : pour une justice sociale et fiscale. Quand est venu le RIC, je n’étais pas à fond directement mais quand je me suis intéressé au sujet je me suis dit que ce pouvait être une très bonne chose pour changer tout en suivant nos revendications. Mes idées de base c’est une haine de Macron et de sa bande de libéralistes. Je suis plutôt extrême gauche, je suis patriote aussi et j’ai envie de préserver mon pays de ceux qui veulent tout détruire en se faisant de l’argent, en vendant les biens publics à leurs copains milliardaires. Comme par exemple avec Aéroports de Paris ou la Française des jeux. Ils préfèrent le vendre car ils savent qu’ils vont toucher un bon billet. J’ai la volonté de dégager ces corrompus qui nous dirigent et qui sont déconnectés du peuple et et de leur pays. »

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Max, 23 ans

« Pour tout en fait, pour lutter contre la misère sociale et les politiciens. Tous les mêmes. Je ne suis pas trop pour le RIC car ce ne sera juste qu’une façade, ils ne laisseront pas passer ce qu’on souhaite sous les formes qu’on veut. Si quelqu’un dirige le pays il pourra toujours tirer les ficelles et s’engraisser sur le dos du peuple. Et là il y a trop de gens qui s’engraissent sur le dos des pauvres.On fait des cadeaux fiscaux aux grosses entreprises qui n’en ont pas besoin et pas aux PME, alors qu’il faudrait que ce soit l’inverse. Je suis militant antifasciste et plus Gilet noir que Gilet jaune. Les Gilets jaunes reprennent les idéaux du mouvement anarchiste en partie même s’il y a quand même des trucs de droite comme par exemple la fermeture des frontières. Le mouvement est assez mitigé mais quand même je vois souvent plein de slogans comme « ni dieu ni maître » et ça fait plaisir. Ce n’est que le début, les gens mettent toute leurs haines sur Macron mais c’est ça depuis bien avant lui. Je pense qu’il faut changer tout le système et pas juste le président, le système sera sinon toujours corrompu. »

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Blaco, 30 ans

« Je ne suis pas gilet jaune mais je les épaules depuis le début. Je suis là pour saboter le système, en vérité j’ai attendu ça toute ma vie. Anarchiste depuis gamin, j’avais complètement baissé les bras en pensant que les moutons ne se réveilleraient jamais. Je n’avais pas manifesté depuis 10 ans et ce début d’insurrection a réussi à me redonner l’espoir qu’on pouvait faire changer les choses. C’est la première fois qu’il y avait un grand mouvement populaire dans lequel je pouvais me reconnaître, mis à part les mouvements altermondialiste, antifasciste et la freeparty auxquels j’adhère depuis toujours. Après je pense que tout est lié, c’est aussi une philosophie de vie et tant que je me sentirais en accord avec mes valeurs je continuerais de me battre. C’est pas plus compliqué que ça, je pense qu’il faut dissoudre totalement ce gouvernent corrompu, tout détruire pour tout reconstruire. »

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Valérie, 54 ans

« Je pense qu’il ne faut surtout pas dissocier l’action pour le climat de celle des Gilets Jaunes. Les manifestations pour le pouvoir d’achat ne sont pas synonymes de consommation effrénée, mais ce fameux pouvoir d’achat est garant d’une certaine liberté de choix dans notre société telle qu’elle est configurée actuellement. La révolte des GJ n’est pas, comme voudrait le faire croire le gouvernement, uniquement basée sur la taxe diesel, mais elle a éclaté à cause d’un ras le bol, survenu après des injustices sociales, des taxes à n’en plus finir, le mépris d’un gouvernement pour son peuple, le fossé entre le mode de vie de ce même gouvernement et celui des travailleurs ponctionnés. Aujourd’hui, au 21 siècle en France, nous voyons beaucoup de gens obligés d’avoir deux emplois pour subvenir à leurs besoins vitaux. Or, lorsque l’on est dans l’urgence économique, l’important et l’essentiel est de survivre. Nous le constatons dans d’autres pays, pays qui ne sont pas si loin, puisque dans certains pays d’Europe, le travail des enfants a fait sa réapparition. L’écologie passe donc après. Nous ne pouvons mener des actions écologiques, que si nous avons cette liberté de choix. Par ailleurs, si nous perdons notre pouvoir d’achat, nous n’aurons plus d’autre choix que d’acheter des produits fabriqués en Inde, Chine, Afrique par des enfants, dans des conditions déplorables. Car ce sont des produits peu chers. Sommes-nous prêts à fermer les yeux là-dessus ? Si nous conservons notre pouvoir d’achat, nous pouvons acheter des produits fabriqués en France, qui ont généré un salaire DECENT et des emplois. Et c’est là où la boucle est bouclée, il n’y a qu’avec un salaire décent qu’on peut faire ce genre de choix ; les taxes, déremboursements de sécu, hausses des énergies, privatisation sournoise de l’école, des hôpitaux, des infrastructures…Laissent la majorité des gens, exsangues. Si nous acceptons ce que nous propose le gouvernement, demain, nous serons tous pris à la gorge par des crédits et ne pourrons plus rien exiger, ni revendiquer ; déjà à l’heure actuelle, certaines personnes sont obligées de contracter des crédits afin de pouvoir juste vivre. Nous le voyons tous les jours, le désengagement du gouvernement auprès des communes, a généré une baisse du niveau scolaire (donc, un manque d’éducation civique et responsable, les profs ne pouvant tout gérer), des moyens réduits pour les associations (donc pour les écolos, idem), une obligation pour certaines communes, de bâtir à « tout va », pour générer de la taxe locale, afin de maintenir les services sociaux. Dans ma ville, tous les jours, des arbres sont abattus, des bois rasés, des animaux sauvages « expulsés » de leur propre habitat, des disparitions d’insectes, d’oiseaux… L’arrivée massive de nouveaux habitants génère une circulation très importante, des déchets très nombreux (y compris dans les rues), des dépôts sauvages laissés par des petites entreprises qui ne veulent pas payer la taxe. Eh oui, une pollution très conséquente. Par ailleurs, j’imagine que les GJ de province auraient préféré une autre solution, que de conserver leur voiture, MAIS, l’Etat supprime régulièrement des lignes de trains et les déplacements deviennent difficiles. Plus de trains, moins d’habitants : suppression des écoles, des hôpitaux, de la Poste, des petits commerces (et bonjour les grosses ZI avec des magasins tout en plastique). Les gens sont donc obligés d’aller de plus en plus loin pour trouver du travail ou pouvoir faire les courses. Et sans voiture… C’est le système qui doit être changé « d’en haut » ; (le système doit-il être décapité ?), nous devons combattre cet hydre de Lerne, dont les têtes sont multiples (multinationales, fortunes issues de la vieille noblesse, hommes d’affaires avides, émirats, gouvernements soudoyés…) et nous avons aujourd’hui le choix d’unir les convictions qui sont, je le maintiens, communes. Enfin, les GJ sont PACIFISTES, les manifestations ont été itinérantes et ont circulé dans tout Paris. Il était alors, facile de tout casser : Place Vendôme, Madeleine, Quartier du Marais, Louvre. Là, aucune sécurité, aucune boutique ou café barricadé. MEGA FASTOCHE, mais ça ne s’est pas fait. Pour le savoir, il faut s’informer sur les médias alternatifs. Et si quand bien même les GJ n’étaient plus pacifistes, c’est le gouvernement qui a provoqué ces violences. Lorsque l’on n’écoute pas les gens, ils s’énervent. La révolution de 1789 et les manifestations de 1968 ne se sont pas passées pacifiquement et je pense sincèrement que c’est ce même gouvernement qui culpabilise et fait baisser la tête aux gens devant ce terme de « violents, vilains GJ », car ce qui les panique, c’est bien cela. Le jour où nous assumerons pleinement cette violence qui fait face à la leur, ô combien plus malsaine, nous changerons réellement les choses. Et si les détracteurs des GJ emploient ces termes « violence », « casseurs », « p’tits connards »… Qu’ils ne s’imaginent pas qu’une révolution d’une telle ampleur et dont les motivations sont si importantes, qu’elle se fera dans un fauteuil et qu’elle n’aura aucune trace, telle une émission de téloche qu’on oublie lorsqu’on a tourné le bouton. »

Porteur de parole – Gilets jaunes Paris Acte XVIII

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Scènes de guerre à Paris pour l’acte 18, c’est ces mots qui illustraient de nombreux commentaires parmi les manifestants du samedi 16 mars 2019 pour la manifestation des Gilets Jaunes sur les Champs Élysées. Pour certains on retrouvait « l’esprit de l’acte 3 » avec « la bataille de l’Arc de Triomphe » et une ardeur révolutionnaire qui cherche à en découdre avec le pouvoir.

L’Élysée ne fut pas pris cette fois ci, les policiers étaient encore trop nombreux à protéger le palais, symbolique du pouvoir de Macron et des autres oppresseurs. Mais ils étaient bien moins nombreux à ceinturer les Champs Élysées, ne pouvant réellement contenir la foule qu’avec leurs camion jets-d’eau et leurs innombrables capsules de gaz incapacitants. La gendarmerie s’est réfugiée sur le rond-point de l’Arc de Triomphe et n’a pas réussi à expulser de là les manifestants avant la tombée de la nuit.

Personnellement je suis arrivé à 11h45 sur les Champs Élysées et les forces de répression étaient déjà en train de gazer. Un cortège sauvage « black bloc » tenta une avancée vers l’Arc de Triomphe, ce monument symbolique des victoires militaires de l’empire napoléonien et fut abondement et immédiatement gazé. Ce qui provoquât la descente du cortège de l’avenue en direction du centre de Paris et des lieux officiels du pouvoir. Et ce qu’il s’est passé ensuite fut incroyable.

Des brasiers s’allumèrent, des vitrines explosèrent, le Fouquet’s, symbole important de la victoire des riches sur la politique française lors de l’élection de Sarkozy en 2007 fut démonté et prit feu ensuite paraît-il du fait d’une grenade perdue. Contrairement aux autres manifestations, où certains manifestants s’opposaient en protestant aux dégradations matérielles, de ce que j’ai vu cette fois ci, personne n’a fait de commentaires et il montait même de la foule une clameur enthousiaste quand tombaient les vitrines des symboles des disparités sociales.
Un magasin de vêtements de luxe ainsi qu’une bijouterie furent mises à sac et les objets en vente furent partagés dans la foule dans une ambiance d’euphorie revancharde. La propagande du pouvoir qui opposaient les pauvres riches aux révolutionnaires a désormais pour ces derniers complètement perdu de sa substance.

Ensuite ce fut un ballet ininterrompu d’attaques de la police et des manifestants, sur l’avenue, sur la place à coup de jets d’eau ou de gaz lacrymogènes. Des centaines et des centaines de capsules de palets contenant du gaz incapacitant furent envoyées sur le peuple, cela représente si ce n’est des millions, au bas mot des centaines de milliers d’euros. Pourtant, les gens réclament simplement de pouvoir vivre dignement, et n’avaient que des pavés et des bouteilles à envoyer en retour.

Pour la première fois de ma vie j’étais dans une foule qui scandait « révolution ! » et ce fut un grand moment d’émotion collective. Un sentiment unitaire était partagé à ce moment là, une impression de force et de détermination qui réchauffa les cœurs et redonna l’espoir que le monde puisse être différent. Qu’on pouvait le changer, là maintenant.

Personnellement, j’ai pleuré 6 fois et je me suis étouffé deux fois du fait des gazages, et j’ai échappé aux nuages sans pouvoir les compter de nombreuses fois, et j’étais là pour recueillir des témoignages ! Les fumées blanches des gaz et noires des brasiers, imposaient leur décor permanent.

De ce fait, je n’ai pu recueillir que 7 témoignages pour la grande enquête sociale sur les raisons de l’engagement des révolutionnaires. Voici donc à la suite pour vous faire une idée ! Les gens répondant à la simple question : « Pourquoi es-tu Gilet jaune ? »
Ceux-ci se rajoutent aux enquêtes des actes 9, 14, 16 et 17 et en tout, cela fait pour l’instant 45 témoignages.
Faites-vous votre propre opinion, indépendamment de toutes celles et ceux qui diffusent sans honte la sordide propagande du pouvoir !

Yvon, 51 ans

« Pour la justice fiscale. Je veux bien payer des impôts mais il faut que tout le monde en paye. Quand tu vois que le patron d’Auchan ne paye que 135 euros annuels d’impôts sur le revenu et que pourtant il gagne des millions! J’en paye vingt fois plus que lui. Je veux juste même sans parler de nouvelles tranches que tout le monde en paye, des impôts. On dit : « il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux », de l’argent il y en a mais on va toujours le prendre au même endroit, chez les travailleurs. On gagne pas beaucoup mais on est nombreux, ça vaut le coup de nous taxer ! Si on arrive à avoir une justice fiscale ce serait bien, moi c’est surtout ça qui me met en colère. »

*****

Thomas, 44 ans

« Par solidarité et que je suis contre l’UE. J’ai voté la première fois en 1995 Chirac au premier tour, depuis je ne suis plus retourné voter. J’ai une bonne situation maintenant mais avant j’étais artisan et je suis amer car l’UE a détruit le petit artisanat. Je suis retourné au salariat. On nous a prit pendant trop longtemps pour des moutons, faut que ça cesse! J’ai eu l’occasion de vivre à l’étranger et c’est vraiment différent, tout est trop dur ici et je comprends la situation des Gilets jaunes. J’ai une boule au ventre, en ce moment tout le monde a une boule au ventre du fait de la situation. Là je vends ma maison et je vais m’installer au Brésil. Adieu la France. »

*****

IMG_20190316_141931.jpgMauricette, 66 ans

« Parce que j’en ai marre de voir que 90% des gens se tuent au travail et vivent dans la misère pendant que d’autres se gavent. J’en ai marre de tous les privilèges qu’ils s’octroient. Des lobbys qui dirigent le monde. Je veux plus de justice sociale. Marre d’être taxée tout le temps, on va bientôt plus pouvoir respirer sans être taxés ! Les services publics sont de plus en plus mauvais et absents. On avait le meilleur régime de santé au monde et si on continue ça ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Pour le climat aussi, on détruit la planète. Je lutte pour la génération avenir ! Ça faisait des années que j’attendais que le peuple se réveille. Et pour ça j’étais là dès le 17 novembre et je n’ai jamais arrêté depuis. Et je viens de Belfort. »

*****

Andrew, 31 ans

« Pour mon fils. Je suis mécanicien et ma femme est coiffeuse, on doit faire du black pour s’en sortir… On est taxés de partout, on s’achète une maison et maintenant on le regrette. Ce qui m’intéresserait c’est qu’on ne soit pas obligé de compter, les fins de mois. La retraite, dès que je vois que mon fils se débrouille, je me tire pour aller vivre mieux ailleurs. Je ne suis venu que 4 fois à Paris. J’ai lié des liens d’amitié avec les Gilets jaunes que j’ai rencontré au rond-point au début. On est tous voisins mais on ne s’était jamais croisés, il a fallu un mouvement comme ça pour pratiquer la fraternité. Ça a récrée la solidarité, il y avait toujours du monde sur les rond-points, le soir après le boulot, on partageait la bouffe, c’était beau de solidarité. »

*****

Guillaume, 24 ans

« Je suis contre la politique de Macron depuis le ministère de l’économie, et contre le néo-libéralisme. J’ai commencé au 4e acte car je ne peux pas y être tous les week-ends mais j’étais dès le départ à fond avec les Gilets jaunes. Ça faisait un moment que je n’étais pas venu et j’ai été agréablement surpris que ce ne soit pas comme dans le propagande du gouvernement. Je suis tout seul, tous mes potes « de gauche » ne se reconnaissent pas dans le mouvement. Pour eux c’est trop prolétaire, à mon avis. Je pense qu’il y a un rejet même chez mes amis les plus à gauche, à Paris on est des petits bourgeois et ça ce n’est pas assez policé. Ils sont peut-être à la marche pour le climat, là je pense qu’ils s’y reconnaissent. »

*****

Hippolyte, 17 ans

« Initialement j’étais communiste, mais je détestais les manifs classiques. Et le fait que là ce soit le prolétariat qui se mobilise lui même je trouve ça bien. Les fils de bourges ont plus d’empathie pour les pauvres africains que ceux du 93. La révolution ne pourra être le fruit que des prolétaires eux même. »

*****

Zekky, 32 ans

« A cause de l’oligarchie financière qui nous a confisqué notre souveraineté. Les députés ne représentent plus la volonté du peuple. Tous dans le même sac ! Tout le reste, c’est des conséquences de ça, de cette domination. Beaucoup de gens se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas les seuls à être pauvre car c’est un peu honteux. Ce mouvement à permis qu’on se rende compte qu’on faisait partie de la majorité. Pendant des années on a fait se jalouser les travailleurs à partir de petits avantages, comme par exemple avec le train gratuit pour les cheminots de la SNCF. Pourquoi rabaisser les autres et pas s’aligner pour le mieux ? »

A cette enquête sont venus s’ajouter 5 témoignages exceptionnels que je n’aurai pas pu faire en manif. Merci à tous et toutes !

La violence des riches et la violence des pauvres

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Cautionnez-vous la violence des Gilets jaunes ?! Lorsque le collégien de St-Denis qui avait choisi d’interroger d’autres personnes en partant de cette question me sorti cela je fus stupéfait. Il voulait en savoir plus sur ce sujet mais pour rentrer en contact avec son public, il n’avait trouvé que ces mots.

Plus tard un homme que j’ai interviewé et qui fuyait les gaz lacrymogènes lors de l’acte 9 m’a dit que ce qui le choquait avant tout c’était la violence des « casseurs ». Dubitatif devant sa situation je lui ai demandé ce qu’il pensait de la violence de la police et il m’a répondu qu’il trouvait celle ci légitime, que les policiers faisaient leur travail.

Comment se faisait-il que ces deux opprimés prennent ainsi la défense de leurs oppresseurs alors même qu’ils débutaient des actions de protestation ? Qui était le manipulateur à l’œuvre ? Moi qui n’ai pas la télé, n’écoute pas la radio et ne lis pas les journaux, mais qui écoute les gens, je fus très vite convaincu qu’il n’était pas seul, que c’était une série en fin de compte, une flopée, une armée d’éditorialistes et associés, qui à chaque occasion commandaient de se désolidariser du ras-le-bol populaire en l’associant avec ce mot : violence.

Qui est pour la violence ? Qui a envie de s’associer à quelque chose de violent ? Qui d’hésitant peut alors soutenir pleinement les Gilets jaunes s’ils sont violents ? Personne. Socialement c’est inacceptable.

C’est là qu’est la ruse, le truc qui pue dans tout ça : si tu arrives à faire dire aux gens qu’ils « ne cautionnent pas la violence des casseurs » , encore mieux, « des Gilets jaunes » alors tu désolidarises toute une partie des alliés des gens qui manifestent dans la rue.

Des hommes, des femmes qui partagent leurs galères et qui sont la force de celles et ceux qui agissent.

Peut-être que 200 personnes suffiront à prendre l’Élysée, mais elles ne pourront le tenir qu’avec l’appui des millions de personnes qui en ont marre de la politique des riches.

Alors en divisant, on règne mieux et plus sûrement. Et pendant que les petites gens répondent à l’injonction sociale de se désolidariser des violences on ne parle pas des violences du pouvoir, plus discrètes car habituelles.

Les médiacrates eux sont tous unis pour présenter le tableau de leur point de vue : les méchants pauvres ont l’audace de protester, venant manifester chez les riches, cassant vitrines de banque et symboles du luxe, respectivement symboles pour les autres du harcèlement fiscal et des disparités sociales.
Dévoués corps et âmes à salir les révolutionnaires, les premiers ne savent plus quoi faire et se perdent désormais dans le grotesque, comme avec les commentaires sur « l’axe FI-ONU-GJ » qui fleurent bon le champ lexical du national-socialisme.

En vrai qu’est ce qu’on s’en fout des vitrines de banque ? Quel ouvrier ou salarié pense encore que les banques ne sont pas des repères d’escrocs ? Qu’est ce qu’on s’en fout des vitrines de Porsche ou de Ferrari ? Au contraire, ça fait marcher la croissance de les remplacer. Ça donne du travail.

Qui pourra cependant remplacer les yeux crevés, les membres arrachés, les vies brisées ? L’existence des gens vaut elle moins dans la tête des riches que des plaques de verre ?

Une femme âgée est morte de la répression du gouvernement, étouffée dans son appartement à Marseille par des lacrymogènes « perdus » dont elle avait reçu la capsule en plein visage, elle est décédée à l’hôpital. Une enquête est en court. Cette femme s’appelait Zineb. La France aurait-elle été scandalisée si cette femme s’appelait Ginette ? Mais Zineb n’est pas Ginette, et le silence, l’invisibilité de ce meurtre rajoute à ce sombre tableau une violence symbolique aux relents racistes.

Qui sont les vrais casseurs ? Qui sont les vrais racistes ? Ceux qui tuent, mutilent et gazent ? Ceux qui rajoutent de la viande en putréfaction dans les jets d’eau anti-manifestation ? Ceux qui exploitent et sucent la vie des millions de travailleurs sans même permettre l’espoir d’un meilleur avenir pour leurs enfants ? Ceux qui cyniquement accusent de xénophobie, de violence, de bêtise, pour cacher celles qui les animent, eux ?

Ou est-ce des gens qui en ont marre de manifester, comme des moutons qu’on change de pâturage, bien disciplinés, bien loin des quartiers de riches, bien sûr de ne rien changer ?

Les quelques vitrines de banques et celles des voitures de luxe ont-elle vraiment de l’importance face à la vie de millions de gens ?

Alors il faut arrêter de dire : « je ne cautionne pas la violence des casseurs ». On peut ne pas être d’accord, on peut ne pas avoir envie d’agir ainsi, mais il faut conserver l’union de notre mouvement, et garder nos désapprobations pour le cadre privé. Les riches font-il ça entre eux en public ? Non, ils se gardent bien de le faire.

A la place on peut dire par exemple : « ce que qui nous choque avant tout, c’est la violence de tous les jours, celle du pouvoir, celle de ses médias, celle de sa police. »

De plus, la révolution qui sert de référence, celle de l’abolition des privilèges en 1789 qui est la fondatrice de la république était-elle un dîner de gala ?

Pour la vie des aristocrates elle fut violente, mais pour celle de tous les autres, elle fût libératrice.

Alors prenez garde avant de dénoncer les violences. Parlerez vous des violences des riches, ou des violences des pauvres ?

 

JCT

Porteur de paroles – Gilets jaunes Paris acte XVII

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La grande enquête sociale sur les raisons de l’engagement des gilets jaunes continue ! Ce samedi 9 mars pour l’acte XVII je suis resté sur les Champs Élysées qu’on a bloqué tout l’après-midi pendant que la manif faisait son parcours. La police faiblit et n’a pas eu les forces de nous disperser ! Elle se contentait de fermer l’accès à la place de l’Étoile.

J’ai utilisé la méthode du porteur de parole réduite à sa plus simple installation, une pancarte attachée à mon cou avec inscrite dessus pour interpeller les gens :  « Pourquoi est-tu Gilet jaune ? ».

Comme les autres fois les anecdotes sont poignantes et les commentaires révèlent la détermination des gens. Ces entrevues s’ajoutent et complètent celles des actes 9, 14 et 16.

Faites vous votre propre analyse à partir de ces 13 témoignages directs. Loin des commentaires de ceux qui se croient plus malins que tout le monde !

Julien, 32 ansIMG_20190309_144523

« Pour que les richesses soient mieux réparties, pour l’écologie aussi, parce que tout est lié. Pour lutter contre l’avidité des plus riches et limiter les souffrances des plus pauvres. Ça ne fait que quelques mois que je ne suis plus dans la survie, avant et pendant un mois il ne m’est resté que 8 euros et 52 centimes pour manger. Je n’ai acheté que des pâtes que j’ai mangé avec du sel, je ne faisait qu’un repas par jour, le soir. C’était une période de chômage, je touchais 1000e par mois mais le loyer et les factures ça faisait déjà 1000. Ici avec les autres gilets jaunes, il y a quelque chose de plus fort que de l’empathie, une forme d’unité. Parce que la souffrance de la fin du mois est devenue un bien commun. Liberté, égalité, fraternité ou la mort. Même si je préfère l’amour ! ❤ »

Hugo, 28 ansIMG_20190309_144535

« Pour l’espoir. Je suis là tous les samedis même si ça me saoule et que je voudrais que ça s’arrête. J’en ai marre de quémander, je pense qu’on a besoin d’autres moyens démocratiques pour nous, décider. J’aimerai qu’on fasse nous même les règles par exemple pour se loger à Paris ou pour interdire le glyphosate. Je n’ai pas envie de me faire entendre et de crier toute ma vie mais j’aimerai décider. Si on en a les outils, on pourrait le faire. Même si on est tous descendus pour lutter contre la pauvreté on attend plus rien. Si c’est eux qui nous donnent outils et droits ce sera forcément une escroquerie. J’ai de l’espoir car j’ai l’impression que les gens ont de la volonté, mais je ne sais pas comment ça va finir. Bien j’espère. »

Hydar, 40 ans

« Parce que les Gilets jaunes m’ont redonné foi en l’humanité. Jusqu’alors on ne se souciait pas des autres et là ça a changé entre Gilets jaunes. Notre message est en train d’être travestit. J’étais à une conférence avec Juan Branco (l’avocat des Wikileaks) il a expliqué comment Macron a prit le pouvoir et ses démarches vis à vis des riches pour obtenir la présidence. La solution pour moi est décrite sur democratieouverte.org ; ce sont des chercheurs et des politologues qui travaillent à améliorer la démocratie, allez voir ! Il y a un nouveau mot qui sort c’est celui de civique tech, pour avoir plus d’outils civiques, je suis développeur et je suis confiant sur le fait que ça ne puisse pas être hacké. Pour les puissants, on est juste des « marchés ». Les municipales, c’est à notre portée, on doit reprendre le contrôle des territoires. Ça va bien se passer, on va juste changer le monde. Allez voir mon site : http://www.citoyens.info »

Alexandre, 21 ans

« Je ne me considère pas comme politisé. Depuis la fin du quinquennat de Hollande je pense que la France est une république bananière. Par exemple Alain Juppé qui est nommé au conseil constitutionnel alors qu’il a des problèmes avec la justice. Ou comme Benalla qui est une synthèse, on est parti de ses violences envers les manifestants et on a découvert toutes les affaires. Le jour où j’ai appris qu’il y avait 10 000 000 de pauvres en France j’ai été choqué, pour moi c’était pour la Bulgarie ou le Cambodge ! Faire des élections tous les cinq ans comme ceci, ça ne sert que les bourgeois. C’est pas vraiment important que ce soit Macron, Fillon, et cetera. En fait qui dirige ? Dans le sénat de la Rome antique il y avait les frères Graques qui voulaient faire une politique populaire. Leur assassinat a été commandité par les autre sénateurs, tu vois ? Ceux qui sont riches par leur héritage ou leurs arnaques sont qualifiés d’experts à la télé, et ils nous traitent de populistes, nationalistes, homophobes, xénophobes, d’antisémite et de racistes. Dès que tu ne penses pas comme eux ils te qualifient d’extrême. Mais ils nous prennent pour des cons et c’est insupportable. Il faut que ça cesse. »

Nathalie, 54 ans

« Le déclic pour moi ça n’a pas été l’essence, mais c’est une demande de justice sociale, un ensemble de choses. Les inégalités sont croissantes, pour moi ça va mais je viens d’un milieu populaire et que ça, ça va dans la continuité des luttes anticapitalistes et écologiques. L’état est de plus en plus répressif : le 12 janvier je rentrais chez moi et boulevard Haussmann alors qu’il ne se passait rien, la police a tiré des rafales et je me suis pris un tir de LBD (flashball) au dessus du genou ! »

Joëlle, 67 ans

« On est dans une société qui nie notre humanité. Ce sont les plus pauvres qui font la révolution, on a tout conquis en descendant dans la rue et aujourd’hui on est obligé d’y retourner car ils sont en train de tout nous reprendre : le droit d’être soigné, d’étudier… tout simplement le droit de vivre ! Quand on voit des gens de 80 ans qui descendent dans la rue parce qu’ils ne veulent pas mourir comme des esclaves, je suis obligée d’y aller aussi. »

Roger, 70 ans

« Je me dis qu’il est toujours temps de replacer l’humain au centre des préoccupations de la société. Je pense que tout ce qu’on a obtenu pour améliorer notre dignité et nos conditions de vie a été obtenu par la rue. Seul un rapport de force conséquent permet de résoudre les problèmes. Le pouvoir se crispe sur les privilèges de la caste qu’ils représente. Pour finir je constate un retour de la lutte de classe et que c’est une perspective qu’il ne faut jamais perdre de vue. L’homme n’est pas assez généreux pour partager de lui même. »

Yann, 52 ans

« Je me le demande. Nous vivons la prophétie d’André Malraux : le défi des hommes du XXIe siècle sera de réintégrer les dieux. C’est à dire qu’on vit dans un monde trop compliqué par rapport à la technologie qu’on ne sait pus manipuler. Il y a des catastrophes, par exemple les centrales nucléaires. On va être obligé de calmer le jeu, car une croissance infinie dans un monde fini c’est impossible. Le monde doit être simplifié, le gouvernement doit s’occuper de nos cinq besoins fondamentaux : se vêtir, se nourrir, se loger, l’éducation liée à la réalité scientifique et la justice. Il faudrait aussi une simplification législative parce qu’on y comprend plus rien : les articles de loi sont contradictoires, ça réserve la compréhension des lois aux professionnels. Un exemple avec la création d’un village de yourte à Cubières, ce projet a été annulé par la préfecture sur des interprétations fallacieuses du code de l’urbanisme. J’ai lu sur le blog de l’initiatrice du village de yourte : « le gouvernement craint l’autonomie de ses citoyens ». Si on est indépendant avec l’eau, l’énergie, la nourriture et le logement, psychologiquement on est plus léger, on a une chape de plomb en moins, et j’ai vécu ce sentiment. J’ai acheté des parts de SCI (société civile immobilière, qui permet de posséder un lieu à plusieurs) pour créer un écovillage, pas pour y habiter mais pour mettre en place l’idée de Gandhi : « Le seul moyen de convaincre c’est l’exemple ».

Jérémy, 46 ans

« Parce que j’en peux plus de ce système. En premier lieu je suis pour la liberté d’expression et le partage des richesses et contre la propagande constante sur l’histoire de France. Le système tel qu’il est est en régression et pas en progression. Pour les 1% les plus riches, ça va mais pas pour tous les autres. Pour moi la bataille n’est pas politique elle est spirituelle. Avant, il y avait plus de partage. »

Paul, 25 ansIMG_20190309_165606

« C’est l’extension du marché à tous les domaines de la vie qui fait que je descends dans la rue. Je pense que ce sera pire demain. Le manque de débat montre le recul de la démocratie et le refus de la légitimité du peuple. Le monde que rêvent les riches est très antisocial et ça me fait peur pour la suite. Je n’ai as envie que mon existence ce soit me battre pour survivre, en participant par exemple à exploiter le tiers-monde. « En haut » ils vivent dans leur monde, je suis ici aussi pour la convergence des luttes et qu’on ouvre les esprits pour penser différemment. Aujourd’hui, on a besoin d’exemplarité dans «  le juste ».

Valentin, 22 ans

« Je suis le cousin de Paul et je suis d’accord avec lui. Ça ne fait que deux ou trois ans que je m’intéresse à la politique, à comment notre monde marche. L’hypercapitalisme ça ne me va pas. A mon avis on doit être fier de son pays et je me dis qu’avec les Gilets jaunes on peut retrouver l’estime de notre peuple, et qu’il faut être là. J’ai retrouvé la fierté de faire partie d’un peuple uni et fraternel. Être dans les manifs a fait évoluer ce que je pense de ce qu’il faudrait que soit la France. Tous ensemble on peut changer les oppressions qui sinon vont nous bouffer. Je suis fier d’être là, d’être français, et de tous les français. »

Guy, 65 ans

« J’étais à la retraite et je me suis dit qu j’allais consacrer une demi-heure ou une heure par jour à envoyer des messages. Ça fait cinq ans que tous les jours je diffuse sur le net pour dénoncer les méfaits des journalistes, par exemple. J’ai l’expérience du travail de journalisme politique et je suis outré par ce que je vois en ce moment. Un jour, j’étais dans ma ferme et j’ai pris un taxi collectif pour deux euros. Le gars du taxi me dit : on va faire le tour des villages pour aider les gens. J’ai rencontré les vieux, j’ai vu une misère qui m’a donné les larmes aux yeux. Quand ça a commencé les Gilets jaunes, je me suis dit : « j’y vais ! Je vais les défendre moi les vieux ! ». Pour moi GJ ça veut dire Grande Justice : fiscale, sociale, etc. C’est un soleil pour moi, une élévation du niveau de la société, pour le bonheur recherché. Tout est repris à la base en ce moment. On est ensemble et on ne s’abandonnera pas. On est intelligents et humains, pas comme le sous-entendent les médias. Je demande la renationalisation de l’eau, du gaz, de l’énergie et des autoroutes au prix où ça a été vendu. Ils nous ont escroqué, maintenant ils vont rendre l’argent ! Je fais des vidéos, et j’irai jusqu’au bout pour défendre les plus humbles, jusqu’à la mort ! »

Thomas, 17 ans

« Je suis arrivé à midi trente, on ne m’a pas laissé rentré donc j’ai contourné pour qu’on ne me confisque pas mes affaires. Dans une petite rue on s’est fait bloquer 30 à 45 minutes, un camion jet-d’eau est arrivé, j’ai réussi à passer le barrage mais je me suis fait arroser le cul pour rien dans une autre rue ! Ensuite il y a eu un attroupement et une femme a plaqué contre une vitrine un garçon qui lui avait volé son téléphone, je crois. Puis la BAC (la brigade anti-criminalité, connus pour être violents et irrespectueux de la loi, surnommé les cow-boys) est arrivée, on est parti en manif sauvage et on s’est fait bloquer. On nous a fait sortir au compte goutte. Puis je suis revenu sur les Champs Élysées. Les keufs courent vachement vite ! Je viens ici pour donner de la force au mouvement. »

Vers 18h, nous nous étions rapprochés le l’Arc de triomphe. Une canette a volé et ce fut le prétexte pour a police pour nous gazer. Une fois les yeux nettoyés et le sens de l’équilibre revenu une grande partie de la foule est revenu vers la police qui a utilisé les canons à eau pour nous effrayer. Mais les gendarmes nous bloquaient de l’autre côté ! A la tombée de la nuit, la police a finalement chassée les gens qui étaient là en les poussant le long des Champs Élysées. Voici quelques photos pour illustrer ces moment.

 

 

Porteur de paroles – Gilets jaunes Paris acte XVI

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Samedi 3 mars 2019 pour l’acte XVI des Gilets jaunes à Paris je suis retourné avec ma pancarte interroger les gens sur les raisons intimes de leur engagement. Sur la pancarte, cette simple question : « Pourquoi es-tu Gilet jaune ? »

Afin de permettre à toutes et tous de se faire sa propre opinion à partir d’informations non manipulées pour la propagande du pouvoir, j’ai utilisé la méthode du porteur de parole pour vous faire parvenir ces témoignages issus de 12 entretiens.

Sans le jargon de la bourgeoisie, loin du vocabulaire des puissants et de leurs serviteurs pour se reconnaître entre eux, s’exprime la sagesse populaire. Militants, tous ensemble, prenons en de la graine !

 

Irena, 25 ans

« C’est pas uniquement à cause des fins de mois difficiles, ça va plus loin que ça, c’est un refus du système mondialisé. Les journalistes ont essayé de stigmatiser les gilets jaunes pour les faire passer pour des incultes. J’ai rencontré des tas de gens qui avaient des bagages, des psychologues, des réalisateurs, ce ne sont pas que des ouvriers ou des gens dans la galère mais ils se mobilisent quand même, parce qu’ils voient plus loin que leur petite personne, que leurs propres intérêts. Au 10 ou au 15 du mois, j’ai épuisé mes ressources, c’est un cercle vicieux puisque tu démarres le mois suivant avec pas grand chose. Moins on a plus on paye, surtout aux banques. Pourquoi encore je suis Gilet jaune ? Ma mère a été expulsée il y a un an et demi, j’ai du lui trouver un studio sinon elle serait à la rue et donc je lui paye un loyer chaque mois. Le logement pour moi c’est la base. »

Laurence, 54 ans

« Pour moi, Laurence, personne lamba, ce n’est ni un mouvement, ni un rassemblement mais une convergence : d’idées, de besoins, de désirs. Comment faire en sorte que la misère s’arrête ? Les parisiens croisent tellement de gens qui sont à la rue que ça ne les émeut plus. Le gouvernement a fait le show avec les maraudes, c’est tellement idiot. Il y a des vraies maraudes, il y a des bénévoles qui font ça gratuitement. Le gouvernement ferait mieux de les soutenir plutôt que de baisser leurs subventions. Il faut revenir à l’essentiel sans être naïf, il faut que les richesses soient redistribuées et que le gouvernement français gouverne la France, et que ce ne soit pas un petit groupe à l’Union Européenne qui fait la pluie et le beau temps. En 2005 on a massivement dit non au référendum sur la constitution européenne et pourtant aujourd’hui on y est bien dans l’UE ! On va avoir les élections, combien va-t-il y avoir de votants ? J’ai 54 ans, j’ai toujours voté et je crois que je vais brûler ma carte. Le vote blanc est maintenant comptabilisé, et qu’est ce qu’il se passerait si une majorité n’allait pas voter ? Les Gilets jaunes sont soutenus à 76%, t’imagines ? »

Stéphanie, 36 ans

« Moi je soutiens tout le monde depuis le début, pour que ça marche on doit être tous ensemble. C’est un mouvement légitime, c’est dommage que le gouvernement ne s’en rende pas compte. Ma voiture je ne m’en sert pas beaucoup mais quand je fais un plein à 100 euros ça fait mal au cul. Mon mari bouge tous les jours, t’imagines ? J’ai dit à une de nos voisines que je venais et elle m’a répondu qu’elle ne pouvait pas, mais elle m’a renvoyé un SMS dans la foulée en disant de manière très énervée : « ils ont augmenté les clopes ! » J’ai pas l’habitude des manifs, quand j’entends des gros BOUM ça me fait peur, mais je suis là quand même. Je ne viens pas pour être éborgnée mais pour la bonne ambiance. Je suis là pour m’ajouter au nombre, tout le monde ne peut pas être là tous les samedis mais je pense qu’il faut être là. »

Mohamed, 34 ans

« Pour l’essence le problème c’est qu’il y a toujours plus de taxes que le coût du produit brut, comme avec les clopes. Les PV, les radars, c’est pareil : c’est la bonne excuse pour faire baisser la mortalité, mais on a du mal à croire que c’est uniquement pour préserver la vie des gens. Tous les impôts c’est surtaxé, et comme on ne peut pas vérifier l’info, on ne démêlera jamais le vrai du faux, et ça pendant des lustres. A propos de leurs excuses, de leurs raisons, qui sont de moins en moins crédibles, désormais tout es discutable. C’est comme le « grand débat », est ce que c’est surfacturé ? Déjà on se dit qu’ils sélectionnent avec qui ils discutent. Le président discute avec ses représentants mais ce n’est pas le peuple, du coup c’est un grand débat entre eux. C’est super ! Ça fait 3 mois qu’on manifeste, les prix (essence, clopes, nourriture) ont été gelés mais maintenant on recule et tout augmente. Je ne vois pas ce que le grand débat va améliorer, va apporter ou changer. »

Glaudios, 84 ans

« Pour l’avenir des jeunes ! J’ai une retraite de 550 euros. Je veux qu’elle augmente et que les taxes baissent. Je viens de Lons-le-Saunier ça coûte 170 euros aller-retour et malgré les 1000 km et mon âge je suis là. Plus ça va plus ça augmente la vie. Je veux qu’Emmanuel Macron s’en aille et que tous les français soient avec nous car on se bat pour tout le monde. Macron est responsable de tous les morts et les mutilés. Comment se fait-il que sur les ronds points il y ait eu 11 morts et que personne n’ait été en prison ? Pourtant c’était volontaire !? »

Arthur, 15 ans

« Je pense qu’Emmanuel Macron est une marionnette de l’oligarchie. Je suis contre toutes les taxes et tous les impôts. Je pense que pour sortir de la dette il faut abolir la loi de 1973 Giscard-Pompidou (qui lie la création monétaire aux banques), c’est un peu pour moi les Macron de l’époque. Je viens de Normandie et depuis le 17 novembre je viens à Paris. Je préférais quand les manifs n’étaient pas déclarées et qu’on restait sur les Champs Élysées. »

Isabelle, 36 ans (dont c’était l’anniversaire « avec la famille Gilets jaunes » )

« Je suis Gilet jaune pour mon fils, pour la retraite de ma mère, pour le pouvoir d’achat en général. Je gagne 1050 euros et je travaille à la caisse des écoles de la mairie du 17e arrondissement de Paris, et je suis contractuelle. Mon collègue à côté est fonctionnaire et gagne 1700 euros. Je vis dans un 23m² avec mon mec et mon fils, pour 700e de loyer. Derrière je fais 9h d’un deuxième travail par semaine pour avoir 500 euros de plus. Mon fils va fêter ses 19 ans en avril, j’ai aménagé une studette pour lui et nous on vit dans la chambre. Là il vient de partir, il a un boulot risqué mais il fait ce qu’il aime, et je suis contente pour lui et fière. Il revient chaque week-end et pour les vacances. Il m’a vu trimer donc avant il a regardé le salaire pour choisir le boulot. »

Joe, 55 ans

« Je suis là pour les autres. Je suis satisfait de ma situation, mis j’ai bataillé pendant 25 ans. J’ai progressé dans les échelons et j’ai eu de la chance ! Je suis fonctionnaire territorial et j’ai attendu 25 ans avant d’être titularisé. A la ville de Paris c’est précaire, il y a des agents qui travaillent à temps partiel et qui gagnent 500 à 600 euros par mois. Je voudrais que les gens soient mensualisés, c’est à dire avec un salaire digne et fixe. Les syndicats ont du mal à avancer et d’ailleurs pour moi c’est fini les syndicats. Malheureusement les gens reçoivent de l’avancement non pas du fait de leur valeur mais à la tête du client. On pense que les fonctionnaires gagnent bien mais ils sont en partie payés en primes, ce qui ne compte pas dans la retraite. »

Mélanie, 42 ans

« Parce que je suis payée au SMIC et que j’élève seule mes 4 enfants. Parce que j’ai grandi une grande partie de ma vie en banlieue et que maintenant je suis provinciale et que là où je suis il n’y a plus de services publics : 50 km pour l’hôpital, 30 km pour la CAF et la Sécu. Il y a 3 écoles en fermeture dans 10km de rayon, dont celle de mon village. Les enfants prennent le bus à 7h30 pour se rendre à l’école, y compris les maternelles, et rentrent à 17h passées. Parce que mon père est à la retraite, il a fait ses 42 ans et encore 3 ans de plus pour avoir une retraite plus confortable, et le petit surplus qu’il a gagné on lui prend maintenant en CSG. Il a prit sa retraite à 68 ans et je pense qu’il la mérite… Parce que je roule en diesel, par exemple à 1 euros 50 le litre il faut mettre 10 euros en essence pour aller à l’hôpital et c’est une honte. »

Mervyn, 35 ans

« Ma femme et moi sommes fonctionnaires hospitalier et on voit la misère la bas. Elle en EPHAD, moi en psychiatrie. Les gens qui ont des problèmes psychologiques si on ferme des lits, après ils sont à la rue et c’est dangereux ! Tes vieux, quand ils vont rentrer en EPHAD, c’est le dernier jour où ils verront les soleil, on a même plus le temps de les faire sortir. C’est injuste que les riches ne payent pas la même chose que en proportion. Si les caisses sont vides c’est que les riches ne payent pas assez. Ce serait normal qu’on paye la même chose en proportion. Si on nationalisait les banques et les assurances, tout le monde aurait plus d’argent, on ferait des économies avec une seule structure plutôt qu’avec une multitude. Au niveau géopolitique je trouverai ça mieux qu’on fasse un référendum pour entrer en guerre plutôt que de s’engager avec nos impôts. Il y a des gens qui disent qu’ils ne veulent pas de migrants en France mais s’il n’y avait pas de guerre il n’y aurait pas de migrants. »

Eric, 44 ans

« Je suis fonctionnaire, je gagne 1500 euros après 20 ans, je n’ai plus le droit à l’APL et j’ai 400 euros de loyer à Beauvais. La bouffe, le gasoil, tout a augmenté et on m’a coupé 200 euros d’APL et 40 euros de prime d’activité. J’ai pas vu un centime les 10 milliards qu’à donné Macron mais par contre il m’a prit 240 euros. Je suis pour un salaire universel pour tous les fonctionnaires, le même pour tous, entre 2500 et 3000 euros, y compris pour les grosses têtes là haut. Je ne peux pas respecter un président qui me prend pour un gueux. Quand je vois ce mouvement je me dis que ça ne peut que se durcir car Macron ne nous entend pas. Il ne fait que nous salir en disant qu’on cautionne des violences dont il se sert contre nous. »

François, 29 ans

« C’est la première fois que je viens alors je ne me considère pas comme un Gilet jaune, ce que je trouve le plus stylé dans le mouvement c’est que c’est populaire, ce n’est pas encadré par les syndicats, ce n’est pas institutionnel comme d’habitude. Mon petit bémol c’est que je trouve ça « trop blanc », pas comme par exemple les manifs organisées par Assa Traoré, qui sont des mouvements moins ségrégés. Moi je suis blanc et ça me gène qu’il n’y ait pas de connexion avec les deux, par exemple sur les questions du racisme. »