Porteur de paroles – Gilets jaunes Paris acte XXII

Avant dernière série de témoignages pour la grande enquête sociale sur les raisons de l’implication des Gilets jaunes.

Ce samedi 13 avril pour l’acte 22 des Gilets jaunes j’ai fait la manif pour la liberté de manifester qui se déplaçait de la place de la République à la place de la Nation, à Paris. Une autre manif faisait le parcours inverse ! Je l’ai rejointe à République où j’ai fait les dernières interviews.

Ci-bas 13 nouveaux témoignages qui viennent se rajouter aux 77 récupérés lors des actes 14, 16, 17, 18, 19, 20 et 21, en plus du reportage radio.

Bientôt une analyse globale qui cherchera à tirer des grandes tendances de ce mouvement unique. En attendant, faites vous votre propre analyse ! Les gens répondent à la question : « pourquoi es-tu Gilet jaune ? »

La méthode utilisée pour récolter les opinions politiques des gens est celle du porteur de parole.

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Françoise, 65 ans

IMG_20190413_144250« Je ne sais pas si je suis Gilet jaune. Je manifeste avec eux parce que je me reconnaît dans les revendications. Le mouvement me paraît multiforme et je ne suis pas au courant de tout, mais ça me paraît difficile de ne pas y participer. Je me sens concernée, j’ai envie d’une autre société. Aujourd’hui je suis dans une manif pour la liberté de manifester, de s’exprimer. J’ai été à pas mal de manif des Gilets jaunes et on y discute avec plein de gens qu’on ne rencontre pas forcément tous les jours, et c’est intéressant. Je ne me reconnaît pas légitimité car je manifeste et c’est tout. Je ne milite pas, je n’ai pas d’autres moyens d’action, mais j’ai toujours été engagée plus à gauche. »

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Sylvie, 62 ans

« Contre l’injustice. Parce que j’attendais ça depuis un moment. Je ne supporte plus le discours dominant de division entre les gens depuis 30 ans. Je suis contente que le peuple redresse la tête et se batte. Le problème comme dirait Ruffin, c’est l’indifférence. Ce que j’aime dans les Gilets jaunes c’est la solidarité retrouvée. Et cette expérience elle ne disparaîtra pas. Ce qui est important c’est de vivre les choses et que ça se construise. Les gens ne rentreront plus dans leur boîte, et ça prendra peut être du temps mais ça va changer. Pas comme ça mais il y aura des hauts et des bas. Il faudrait un autre système, une 6e république, une autre constitution… Il faut arrêter avec la présidentielle c’est de la merde. Les chose vont converger car il y a beaucoup de mécontentements. Il faut que les Gilets jaunes s’organisent, et c’est bien que ça se fasse. Il y a eu un peu de naïveté au début chez ceux qui n’avaient pas l’habitude des luttes, ils ne s’attendaient pas à ce que ça dure autant et que la répression soit si forte. J’ai 62 ans et je travaille encore, dans le social. »

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Clément, 33 ans

« C’est compliqué comme question. Je porte le gilet par solidarité avec les premiers Gilets jaunes, qui avaient des revendications de niveau de vie. Je suis prof et je suis satisfait de mon niveau de vie. Je porte le gilet pour montrer à l’inverse de ce que dit la télé que les Gilets jaunes c’est l’ensemble de la population et pas juste une poignée d’extrémistes. A la télé on montre beaucoup les images de violence et par exemple l’épisode avec Finkelkraut. Je suis le mouvement pour des questions de justice sociale, pour défendre le modèle français dont on nous dit qu’il est trop cher, alors qu’on a fait plein de cadeaux à la finance. Il est temps de repenser les institutions de la république. Le quinquennat calé sur le mandat des parlementaires fait que la majorité qui prend des décisions ne représente que 10% de la population. »

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Laure, 44 ans

« Parce que je trouve que c’est un mouvement qui pose enfin les bonnes questions et qui dit non à des trucs qui étaient inacceptables depuis très longtemps. Ça met fin à une forme d’apathie. On était résignés et c’est un beau « non » à cette forme de résignation. Au début j’ai suivi le truc d’un petit peu loin et par la lecture, par exemple avec l’article de Florence Aubenas. J’ai vu aussi la vidéo des Gilets jaunes de Commercy avec les maisons communes et je me suis dit : il se passe quelque chose de très important. Des gens qui ne prenaient pas forcément la parole là, ils la prennent. Au début je ne me sentais pas de porter le gilet jaune car j’avais le sentiment que ce n’était pas mon identité sociale, et que ce serait une usurpation. Je me considérais comme une sympathisante et avec la répression, les mutilations, la volonté de montrer la « sauvagerie » par les médias dominants, j’ai commencé à venir manifester. Je faisais depuis septembre les marches pour le climat, et là c’est le même combat puisque les adversaires sont les mêmes : les capitalistes et le gouvernement ultralibéral qui les soutient. Dans mon milieu celui des profs, il y a beaucoup de gens méprisants à l’égard des Gilets jaunes et ça a renforcé mon soutien à ceux-ci. J’y reconnaît la situation de ma famille, je ne suis pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche. »

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Patrick, 58 ans

« Comme tout le monde au départ, pour le pouvoir d’achat. Les augmentations : l’électricité, l’essence etc. Il y a une baisse continue du pouvoir d’achat. L’OCDE dit cette semaine dans un rapport que les classes moyennes sont « laminées et écrasées ». Dans tous les pays riches la classe moyenne est en train de disparaître. Elle a l’impression de payer pour tout le monde. Tous les emplois intermédiaires des classes moyennes sont de plus en plus informatisés et robotisés, je le vois bien dans le milieu de la banque où je travaille. Les prix de l’immobilier là où il y a du travail ont beaucoup augmenté, ça fait beaucoup de mal. J’ai peur qu’à terme on privatise tout et que ça devienne comme aux États-Unis. Pour moi il y a aussi la précarité du travail qui fait qu’on ne peut plus s’engager dans l’avenir, se projeter. Surtout pour les jeunes. L’état est policier on le voit avec la répression disproportionnée. Et l’arrogance du président montre qu’il ne connaît pas la France profonde. Je pense qu’il n’aime pas la France. Par exemple il a appelé les français des gaulois d’un ton méprisant. »

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Sylvie, 63 ans

« On a volé la voix du peuple, on doit lui redonner. On a pas respecté les textes de la constitution et on a arrangé à sa petit sauce, et ça a donné de la mélasse. L’année dernière au mois de mai je suis allée à un débat avec Benjamin Griveaux rue Parmentier dans le 11e, et j’ai prit la parole au nom du parti Les Républicains pour lui dire que la France grondait. Je lui ait demandé que les pensions de réversion des retraites soient reversées en intégralité, je lui ai dit que l’augmentation de la CSG des retraites c’était un scandale et ça l’a fait rire. Quand on veut gouverner un pays il faut le connaître de bas en haut, de haut en bas. Ils malmènent tellement la France qu’ils sont en train de la faire couler. La parole doit être donnée au peuple. »

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Paul, 18 ans

« Parce qu’il y a une crise sociale. J’étais déjà engagé politiquement, j’ai vu qu’il y avait un ras le bol national et je me suis dit qu’il fallait que j’y sois. Je suis lycéen donc je lutte contre les réformes du bac et de parcours sup ; pour l’avenir, pour un SMIC à 1800 euros, pour une retraite à 60 ans, pour mes parents et mes futurs enfants. Je suis pour accueillir les migrants et les clandestins. J’ai clairement envie de changer le système, j’ai une utopie dans la tête. Ça va être compliqué vu comment c’est maintenant, mais je suis optimiste et j’ai de l’espoir. »

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Corinne, 52 ans

« Parce qu’on en a marre du mépris de classe, de l’accaparement des richesses, desIMG_20190413_162350 potentiels de ce pays par une petite caste. Quand on vote on signe pas un chèque en blanc et on peut pouvoir intervenir sur les décisions qui sont prises sans nous, en notre nom. La 5e république n’est pas démocratique. Elle a été faite par un homme qui avait des épaules pour, mais depuis il n’y a eu que des cons. Tout est concentré dans les mains de quelques uns, et les autres n’ont que les miettes. Si on est pas né dans la caste on a pas d’espoir de voir s’améliorer sa situation. J’ai repris les études à 40 ans, ce n’est déjà pas une partie de plaisir mais je galère tout autant qu’avant. Les Gilets jaunes, on ne voit pas d’issue politique et donc on essaie de réinventer quelque chose. En tout cas on sait déjà ce qu’on ne veut plus voir. »

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José, 46 ans

« Pour le pouvoir d’achat. Je défends aussi les valeurs démocratiques et de liberté en Europe, par exemple le droit des peuples à s’autodéterminer. Je suis pour une meilleure répartition des richesses. L’oligarchie concentre finance et argent, il faudrait changer ça. Il faudrait une révolution. On a failli l’avoir au début mais les médias nous associent aux casseurs et l’opinion publique s’est détournée de nous. Je réclame aussi le RIC, avec ça c’est le peuple qui décide de son avenir. »

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Marie-Christine, 56 ans

(Elle sort des feuilles imprimées) « Regarde, ça c’est les questions du Grand débat et les propositions qu’ils donnent comme dans un QCM (questionnaire à choix multiple), c’est orienté. En rouge c’est ma réponse (elle me montre qu’en dessous de chaque question qui lui avait été adressée pour le Grand débat, sous chacune des 3 ou 4 propositions à cocher, elle avait rajouté sa réponse en rouge : une phrase argumentée). Par exemple ils disent que la CSG c’est pas parmi les revendications des gens. Mais ça n’apparaît pas dans le « débat ». La retraite on peut l’avoir si eux arrêtent de pomper dans les caisses. La retraite des autres ils en ont rien à foutre. « Ils » c’est les politiciens. S’ils étaient payés au mérite ils auraient pas grand chose. S’ils étaient notés comme nous ils nous notent… Il faudrait que le vote blanc soit reconnu. J’ai fait 25 ans de gendarmerie et sous Sarko j’ai dit stop. Je commandais 18 personnes et avec les histoires de retraites des militaires en 2003, la loi Fillon ; avec les primes et la pression qu’on nous met, je me suis dit que j’étais là pour protéger le peuple des criminels et pas pour protéger les magouilles. On nous demandait du résultat mais on marchait avec des statistiques, ça nous bouffait. En plus c’est que du pipeau, on dit ce qu’on veut en rentrant les données des statistiques. Je n’ai jamais manifesté car j’étais militaire et là ils ont réussi à me faire sortir. Je suis passé de l’autre côté de la barrière. (Elle me montre les montants des retraites de ses parents, anciens agriculteurs : 578,24 et 979,84 euros, en photo à la fin de l’article. Puis le montant de la pension de réversion d’une de ses connaissance : 565,75 euros avec le calcul du taux de taxe dessus : 9,10% ; son sentiment scandalisé à ce propos se résume en cette phrase:) Ils taxent sur les morts, c’est des vautours. Au fond je suis là pour la CSG. On me prend 70 euros par mois. J’ai 70 euros de moins sur ma retraite. »

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Marie Line, 55 ans

« Mon fils est policier et moi je suis Gilet jaune. Je l’ai déjà croisé en manif. Ses collègues ont dit qu’il fallait que je continue, que j’avais raison et qu’il fallait pas lâcher. Il y a beaucoup de familles Gilets jaunes avec quelqu’un dans la police. Je suis ici pour lui mais aussi pour tous ceux qui ne peuvent pas venir, les handicapés, les retraités, tous ! On est taxés de partout, tu vas faire les courses, tu vois la TVA sur ton ticket de caisse… Avant on avait 100 Francs ont avait un caddie plein, aujourd’hui avec 10 euros vous n’avez que deux trois trucs. Même avec 50 euros vous allez au moins cher. Mon père était mineur on était 8 enfants, il verrait ça il y aurait une révolution. Je lâcherai pas, j’irai jusqu’au bout jusqu’à ce qu’il y ait un changement. Et je suis fière d’être Gilet jaune. »

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Patrick, 24 ans

« Je suis Gilet jaune parce que je souhaite la justice sociale, fiscale, démocratique et écologique… (à ce moment là la police nous oblige à nous lever) … et dénoncer les violences policières. Pour l’augmentation des salaires et minimums vitaux, le retour à la retraite à 60 ans, retourner à des conquis sociaux qui nous permettent de bien vivre. La justice fiscale c’est prendre l’argent là où il est, dans les poches des actionnaires. Il n’y a jamais eu autant de richesses produites en France, pourquoi elle augmente chaque année et que les conditions des travailleurs se dégradent ? Aujourd’hui on donne via le CICE, 40 000 000 000 d’euros aux entreprises, c’est les grosses qui en profitent. Il faudrait là augmenter le SMIC de 300 euros et augmenter tous les salaires. Je suis pour un écart de 1 à 5 dans les entreprises : si tu touches 1 en bas, en haut tu ne peux toucher que 5. Si ça augmente les grosses entreprises peuvent le supporter, pas les petites. Il faudrait redistribuer les aides pour en faire profiter les petites entreprises. C’est un ensemble de demandes immédiates. Personnellement il faut renverser le capitalisme, mais si on veut que chacun soit heureux dans sa vie il faut dépasser le capitalisme. Le système profite à quelques uns, pas à tous. Il faut que les richesses profitent à l’ensemble des travailleurs. A mon avis, ça passe par une révolution. Je travaille dans l’éducation nationale. »

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Karim, 49 ans

« En regardant la télé une fois j’ai entendu Macron qui disait à une dame : « arrêtez de vous plaindre, vous touchez une petite retraite ». Ça m’a renvoyé à ma mère qui touche 900 euros par mois. Je l’ai reçu comme une insulte. Ma mère est femme de ménage elle aura une petite retraite. Au travers de la tristesse de cette dame qui l’interpellait sur un trottoir j’ai vu la tristesse de ma mère. C’est ce qui a déclenché mon rejet, ma critique et ça a été mon premier stade Gilet jaune. C’est une sorte de naissance. Chez les Gilets jaunes j’ai trouvé une communauté, on partage la même condition sociale, les mêmes sentiments. Il y a eu deux ou trois autres événements qui m’ont confirmé mon implication. J’ai rencontré un monsieur de 66 ans qui fait les poubelles pour manger. Il paye son loyer 600 euros et une fois qu’il a tout payé il ne lui reste pas assez. Il m’a dit ça quand on marchait ensemble dans la manif. Il m’a tellement touché que je lui ai payé le coiffeur une fois. Il fait partie de ces gens qui sont dans une zone grise : légalement il touche 1200 euros par mois, il est riche, mais socialement, il est pauvre. Je suis chercheur au CNRS. »

 

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