Porteur de parole – Gilets jaunes Paris Acte XX

IMG_20190330_170031

7 nouveaux témoignages pour l’enquête sociale sur les raisons de l’engagement des Gilets jaunes. Le samedi 30 mars pour l’acte 20 des Gilets jaunes j’ai fait le parcours de la manifestation déclarée. Une marche remplie de symbolique puisqu’elle se terminait sur le parvis des droits de l’homme, place du Trocadéro.

Ces témoignages viennent se rajouter aux 59 précédents des actes 14, 16, 17, 18 et 19 en plus du reportage radio de l’acte 9.
La méthode utilisée est celle du porteur de parole, pour se faire sa propre opinion, à partir des paroles des manifestants révolutionnaires.

Vers 18h30 toute la foule avait été évacuée du parvis des droits de l’homme par la police, on le voit sur la dernière photo. Là aussi, tout un symbole.

*****

Reine-Rouge, 59 ans

« La première raison essentielle c’est que l’avenir est au peuple. C’est le temps des peuples, c’est à nous de prendre le pouvoir. Nous produisons, soignons, divertissons, qui faisons tout y compris faire gagner de l’argent aux riches. Cet argent doit servir à l’intérêt général. Ce n’est plus le temps des partis politiques qui nous divisent. Plus il y a de partis politiques et moins il y a de démocratie. Il n’y a qu’un seul parti c’est le parti du peuple. On ne veut plus de députés ni de sénat, on veut des assemblées citoyennes dans chaque département, dans tous les quartiers. On veut des représentants qui ne sont pas rémunérés et qui sont révocables du jour au lendemain. On sait gérer notre budget, on saura gérer notre pays ! »

*****

Jonathan, 31 ans

« Contre la privatisation des services publics (il montre les tickets de péage d’autoroute sur son gilet et dit qu’il y en a pour plus de 1000 euros). Pour le RIC, pour qu’il n’y ait plus de SDF, qu’il n’y ait plus de riches ni de pauvres. Contre la fraude et l’évasion fiscale qui nous coûte chaque année un peu plus de 200 milliards d’euros. Et je fais ça aussi pour ce qu’on appelle les boulots Kleenex. Je travaille chez EDF, il y a un gros taux de suicide. On fait 80 heures par semaine payés un peu plus que le SMIC, comme on a pas d’horaire. On a un turn-over pas mal et de plus en plus de suicides. Pour moi je vis bien mais je trouve ça complètement indécent d’avoir des gens qui meurent dans la rue : 566 SDF l’année dernière, et qui ont été comptés. Je suis pour des médias indépendants et qu’on arrête la dictature de la pensée. Je viens de Laon dans l’Aisne et c’est la 16e fois que je viens à Paris pour une manif Gilets jaunes. »

*****

Vincent, 46 ans

« Sur un plan monétaire, l’augmentation égalitaire monétaire pour tous quelque soit la fonction du salarié. C’est à dire que si le patron est augmenté d’un euro alors le salarié est augmenté d’un euro aussi. Sur le plan politique : que tous les partis politiques aient un compte commun pour leur financement. Quand tu donnes de l’argent à un parti c’est en partie défiscalisé. Il irait sur un compte commun et serait partagé entre tous les partis. Abolition des avantages en nature de tous les ex-politiciens. Comme avec Valérie Giscard d’Estaing qui a le droit à un véhicule avec chauffeur etc. Y’ a Chirac, Sarkozy, Hollande aussi. Tous ceux qui ne sont plus au pouvoir ne devrait plus avoir ces avantages. Chaque ex-président a le droit à 11 000 euros par mois. Et les ex premiers ministres ont aussi des avantages. Je trouve ça scandaleux. Y’a le SMIC, le minimum, ben il faudrait faire pareil avec un salaire maximum. L’ex PDG de Renault Carlos Ghosn gagnait plus de 40 000 euros par jour, c’est indécent ! »

*****

Nora, 48 ans

« Parce qu’on m’interdit de manifester. A partir de ce moment là, l’acte 18, j’ai dit non et j’ai voulu y aller même si j’avais peur. Parce que je suis mère, salariée, fille d’immigré et femme. Ce mouvement m’a permis de me réveiller, de me dire que je suis vivante. Les blessés, le traitement des médias, le mépris de manière générale ça m’a fait dire qu’il fallait que j’y sois. J’en avait ras le bol de battre le pavé pour rien avec les syndicats, de perdre ma journée pour rien car les lois passent. L’idée du RIC où les citoyens peuvent faire leur lois ou les changer ce serait ça la démocratie. On vous demande de voter un fois tous les 5 ans, mais si c’est pour faire ce qu’ils ont envie de faire… On y croit plus. Là j’y crois et je reviendrai tous les samedis, sans ramener mon fils. Lui, il a quinze ans, et je me suis aperçue que j’avais un travail d’éducation citoyenne avec lui à faire. »

*****

Pauline et Yann, 28 et 40 ans

« Je suis Gilet jaune car la population que je vois ici c’est mon peuple. C’est les gens qu’on ne retrouve plus dans notre quotidien, c’est la vraie France. Moi je n’ai pas de problème d’argent mais je suis ici par solidarité, par ce que je suis catholique. J’ai été convertie il y a deux ans et ça m’a permit de ne plus être malheureuse à cause de ce monde matériel. Je viens avec une croix catholique dans mon dos, des gens viennent me voir et me parler. A la base notre pays est catholique. Les gens sont très heureux d’entendre parler de la religion chrétienne. Je viens ici aussi parce que c’est peut être les derniers morceaux de France qu’on va voir de notre vivant. (Son mari à côté ajoute) « Même si les Gilets jaunes échouent au moins ils auront prouvé efficacement que leurs problèmes ne seront pas résolus par la rue. Il fallait qu’on le sache et qu’on abatte l’illusion. Les Gilets jaunes sont en train de prouver qu’on est en dictature. »

*****

Jérémy, 35 ans

« Je me sens Gilet jaune pour tous ceux qui sont en dessous le gilet et qui sont de mon bord, c’est à dire qui ne veulent ni chef ni représentants et qui sont pour l’auto-organisation. Il faut que tout le monde s’y mette, une grève générale et le boycott des grandes enseignes. Ici il n’y a pas de gens qui ont l’esprit bourgeois, j’ai l’impression qu’il y a des prolétaires, des chômeurs, des smicards, la banlieue, des profs, des retraités etc… Je pense qu’il faut que les jaunes mûrissent marrons. On doit tous sortir de l’exploitation, de la plantation. La banane elle est jaune, quand elle mûrit elle est marron. On doit tous être des negmarrons. Pour moi ici c’est les mêmes gens, ceux qui ont conscience qu’on peut pas rester devant la télé pendant que nos conditions de vie se dégradent. Il y a des gens qui se bougent et qui se réveillent parce qu’on rentre en dictature. Les pogroms anti-Roms c’est pour se faire diviser le peuple. Les centres de rétention, on jour sur les mots, c’est des camps de concentration… J’ai pas dit camp d’extermination! Et la Seine-Saint-Denis c’est un ghetto. Toutes les révoltes sont légitimes. A partir du moment où ça se lève contre le système, il faut être avec. Il ne reste pas longtemps pour sauver l’écosystème. C’est la planète Terre qu’il faut récupérer, et qu’on se débarrasse des parasites capitalistes. »

*****

Michaël, 38 ans

« Je ne me sens pas Gilet jaune. Déjà c’est un truc en plastique. Je suis pour l’augmentation de l’essence sur Paris. Moi je suis à vélo, il faudrait construire plus de pistes cyclables. Par contre je suis là car la qualité de vie des gens est pourrie. Tous les jours il y a une info on l’impression qu’on lit le Gorafi (journal en ligne satyrique, de fausses informations), alors que ça se passe en vrai. On en a marre d’être pris pour des cons par ces gens là. Il y a une détresse climatique et sociale. Je suis pour plus de transport en commun, qu’il y ait moins d’avions, moins de paillettes et de plastique. Il faut la paix, la liberté, l’égalité, la fraternité, l’unité, c’est important. On est tous dans une même galère et on a pas le temps de se détester les uns les autres. On parle beaucoup à la télé des racistes chez les Gilets jaunes, alors je suis venu voir de mes yeux. C’est ma première manif Gilets jaunes. J’étais à la COP 21 pour la manif avec les chaussures qu’on a posé pour Emaüs, et après j’ai fait 24h de garde à vue. Les flics m’ont mis une balayette, ils m’ont enlevé mon sweat-shirt car il y avait une ficelle dessus : pour pas que je m’étrangle, mes chaussures, mon sac à dos et tout ce que j’avais dans mes poches. Ça m’a refroidit des manifs. Ce que je trouve bien ici c’est qu’il y a beaucoup de provinciaux et de campagnards et qu’ils se rendent compte de la violence de la police sur Paris. Tout ce qu’on voit qui touche les cités avec les histoires de matraque dans le cul des gamins. Il faut que les gens voient que ça se passe comme ça aussi. »

 

2 commentaires sur « Porteur de parole – Gilets jaunes Paris Acte XX »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s