Porteur de parole – Gilets jaunes Paris acte IXX

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Le pouvoir avait prévenu: la répression serait implacable et promettait à demi mot l’usage de véritables armes à feu pour calmer les ardeurs et faire peur à toutes celles et ceux qui ont encore quelque chose à perdre. Les Champs-Élysées étaient hyper-sécurisés et n’y circulaient que touristes à pieds, policiers en nombre et voitures de luxe dans une ambiance surréaliste. 

Mais les révolutionnaires ne se sont pas laissés impressionner et partout en France les gens ont défilé. A Paris, il y avait deux rendez-vous: une manifestation déclarée où les gens ont de nouveau scandé « révolution! » et qui a fini en manif sauvage ❤ . Et un sitting sur le Parvis de droits de l’homme au Trocadéro où j’étais !

Deux personnes sont dans une situation préoccupante du fait des durcissements des répression. Une dame de 71 ans à Nice qui portait un drapeau « PAIX » dont la tête a heurté un plot de mobilier urbain lors d’une charge de police, qui est dans le coma. Et un ou une policière qui a fait un malaise sur la place de la République à Paris qui était hier « entre la vie et la mort » et dont on ne sait pas si elle se rajoute aux victimes des empoisonnements aux gaz incapacitants ou s’il s’agit de surmenage du fait des cadences infernales de la police. Les deux cas sont symboliques de la déconnexion du pouvoir et ternissent un peu plus son image. Cela est encore possible. 

Au Trocadéro, tout s’est bien passé, beaucoup de gens venaient voir avant de partir rejoindre la manifestation, il y avait donc peu de monde mais j’ai pu faire 9 nouvelles interviews ! Elles sont faites avec la méthode du porteur de parole et viennent se rajouter à celles des actes 14, 16, 17, 18 et 18 bis en plus du reportage radio. En tout cela fait 59 témoignages pour la grande enquête sociale sur les raisons de l’engagement des révolutionnaires.

Faites vous votre propre idée ! Loin des opinions orientées et  prédigérées des médias du pouvoir !
Les gens répondent à la question: « Pourquoi es-tu Gilet jaune? »

Aleth, 85 ans

On reproche aux Gilets jaunes de ne pas tous dire la même chose, mais en effet chaque personne a des conditions d’existence différentes les unes des autres : sa situation, son âge, son sexe etc. Ils parlent tous de leurs conditions d’existences actuelles qui ne leur permettent pas de vivre. Ils sont donc dans la même perspective d’exister et de permettre à leur famille d’exister. Moi ce qui m’a choqué terriblement c’est Macron qui dit qu’il faut faire venir du capital productif. Pourquoi le faire venir ? Il est là ! On cherche des leviers de relance du dynamisme mais Macron laisse de côté / ne voit pas / ne veut pas voir celui qui existe : l’existence des gens. C’est les gens le capital productif. Si on veut faire des travaux pour améliorer le monde tel qu’il est il faut investir maintenant dans des travaux productifs à longue échéance. Quand on construit un pont, on le commence maintenant et il n’est pas utilisable tout de suite. En dehors des Gilets Jaunes on entend par exemple à la radio des gens qui ne voient pas comment faire la relation entre le climat et l’activité sociale, l’activité coordonnée des gens. Dans le Grand débat on a entendu : « Il faudrait que les gens travaillent ensemble » mais la politique dont la première référence est le marché dit le contraire puisqu’il les mets en concurrence. Jamais dans la présentation entre Macron et les intellectuels du Grand débat à l’Élysée il n’a été question qu’ils étaient d’abord des citoyens comme les Gilets jaunes. Les citoyens vivent sur terre, ils ont besoin de la terre pour tenir debout, pour penser, pour exister. Ils pensent à partir de leur expérience. J’ai entendu au cours d’une émission : « Un nouveau beau projet dans le triangle de Gonesse : l’agriculture biologique pour nourrir la région parisienne ». MAIS sans les agriculteurs actuels qui savent comment cultiver la terre.

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Patrick, 64 ans

Je veux une assemblée constituante pour une sixième république et même si c’est Macron qui la fait demain, je signe. Les gens réclament du travail mais plus ça va et moins il y en aura. Pour l’assemblée constituante il faudra 50% d’hommes et 50% de femmes, tirés au hasard dans la population. Et pas que des énarques, même s’il y en a au hasard, il y en aura, ils n’y sont pour rien. De toute façon on a pas besoin de changer de président, dans une 6e république il n’y a plus de président. Je suis persuadé que t’es pas plus con qu’un mec qui va siéger au sénat, ni elle (il montre sa voisine), ni moi. Il suffit que l’assemblée donne une direction et ensuite on a des fonctionnaires qui se démerdent pour sortir le texte de loi. On ne veut pus d’OGM, on ne veut plus d’OGM voilà !.. Peut être que ressortira lors d’une assemblée constituante le fameux salaire universel. Je pense que rien ne changera dans ce pays tant que les prolétaires continueront de voter à droite. Il y a des prolos qui se gourent et qui vont voter à droite et tout ceux qui ne vont pas voter. (son voisin l’interrompt : « Et ne pas voter c’est abonder ! »). Je veux une assemblée constituante établie par thèmes : l’écologie, la finance, les statuts sociaux et tout ça. Il peut y avoir des groupes de travail qui fonctionnent et où on tourne dedans. On est capables de le faire, l’Islande l’a fait.

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Christophe, 44 ans

Parce que j’ai peur de ne pas pouvoir remplir l’assiette de mes prochains. Je pense que la pérennisation de l’être humain sera dans l’entraide et pas dans l’individualisme. On est toujours en train de se comparer à des systèmes très libéraux comme l’Allemagne, les USA etc… mais on ne parle jamais de l’Islande. Pourquoi ? Parce qu’on veut maintenir les français dans l’esclavagisme. « Il est plus facile de vivre en esclave qu’en homme libre ». Parce que j’ai des convictions humaines, je veux que les retraités qui ont passé leur vie à travailler, ou pas, aient le droit de vivre dignement, que l’handicapé, que la femme au foyer aient le droit de rêver. Il y a beaucoup de solutions simples : interdiction de l’obsolescence programmée, interdiction de fabriquer de l’électroménager en dessous de la classe A, consommer localement… J’essaie de trouver un maraîcher qui travaille avec les agriculteurs du coin. Je mange des fruits et légumes de saison. Des jeans et des Nike à 180 euros on pourrait les fabriquer en France et payer dignement les gens. Et je veux le droit à l’oisiveté, l’humain oisif est toujours très créatif. Je veux le salaire universel et qu’on instruise nos gens, qu’on arrête de les maintenir dans de fausses idées. Si c’est pas toi qui appuie sur le bouton d’une chambre à gaz est ce que c’est vraiment un autre qui le fera ? Par rapport à la mondialisation on précarise les français en disant : « oui mais regarde on donne du travail aux petits travailleurs des pays pauvres » au détriment de la population française qui a de moins en moins de travail. Les gens, ils sont pris dans des emprises comme des dettes, des crédits, les factures… Ils sont sous nasse et on les accuse de nourrir un système qu’on leur impose.

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Catherine, 63 ans

Parce que c’est un mouvement qui se soulève par rapport à notre oligarchie. Comme tout le monde j’en ai marre de la hausse des taxe et de toutes les hausses. J’en ai marre que nos biens, que tout ce qui est à la France parte en petits morceaux, vendus aux actionnaires. Il faut aussi arrêter avec les différences de salaire et avec ce que les hauts fonctionnaires ont en privilèges. Il faut surtout penser au peuple car dans une France qui se dit riche il ne devrait plus y avoir de pauvres ni de SDF. Il faut enlever les taxes sur les produits de première nécessité pour que les gens arrivent à se nourrir à peu près correctement, et qu’on arrête de sucer les retraités car ils méritent une bonne retraite. Ils ont travaillé pour nourrir tout le monde et maintenant il y en a qui fouillent dans les poubelles. (son voisin ajoute : « et il y en a qui dorment dans leurs voitures) »

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David, 40 ans

Parce que je suis né Français. Parce qu’on est tous ensemble réunis sous une couleur, la couleur jaune qui représente à mon avis le drapeau français. Là, j’ai trouvé que c’était juste, alors que je n’avais jamais manifesté de ma vie. Là, on est légitimes. En 2005 ils avaient dit « regarde, c’est le problème des banlieues », là c’est tout le monde et ça se voit. La violence sociale elle est là. Moi je suis pour une violence mesurée : si c’est pour prendre le pouvoir d’accord mais si c’est pour casser les magasins des capitalistes ça ne m’intéresse pas. Je suis venu car j’ai confiance en le fait qu’on soit tous ensemble.

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Jean, 77 ans

Parce qu’il y en a marre depuis des décennies de vivre dans un pays qui est plus fait pour le fric. Pour retrouver la liberté avec les Gilets jaunes, et pour le RIC. Et pour la démission de la bande de crapules qu’on a au gouvernement. Tant que le peuple ne pourra pas décider, on arrivera à rien. Le peuple ne bougeait plus et maintenant il y a une fraternité qui se remet en place, il nous manque maintenant l’égalité. On en est loin ! Ce matin je suis allé aux Champs Élysées, il y avait du monde mais on ne pouvait pas circuler. J’ai discuté avec un CRS qui m’a dit : « c’est les ordres ». Les CRS ont les mêmes problèmes que nous comme le pouvoir d’achat. Il paraît qu’augmenter l’EDF ça va jouer sur le réchauffement climatique. Je veux bien mais c’est l’Europe de l’argent. On appauvrit les peuples mais les riches s’enrichissent. Moi je suis retraité et je paye la CSG au maximum, on dit qu’on va nous rembourser en juillet mais on y croit plus. Macron a perdu la confiance du peuple, et là tout le monde en a marre. Les gilets jaunes c’est un symbole, sans ça il y aurait quand même les gens dans la rue. On aura rarement vu un mouvement qui dure aussi longtemps malgré la répression. Ils soufflent sur des braises. Si on regarde l’histoire de France il n’y a aucune révolution qui ne se soit passée sans casse. Le pacifisme, le gouvernement, il s’en fout. Il va falloir envisager d’autres formes de lutte. Nous ils nous accusent de racisme, d’antisémitisme, d’homophobie etc. Mais eux ils n’ont aucun défaut… Quand j’ai vu comment ça se passait le 17 novembre, avec mon expérience je me suis dit qu’on allait vers la révolution. Et on y va. On nous sucre des jours fériés pour les vieux mais moi depuis 2013 plus les prix augmentent et plus mon pouvoir d’achat diminue. Je payais des impôts sur le revenu, j’en paye plus. Je fais partie de la population qui a été appauvrie. Quand les gens ont plus rien à perdre, là il faut se méfier car on va vers une révolution. On a l’impression qu’on revient au temps de Louis XVI, aujourd’hui comme dans ce temps là il n’y a que deux catégories : les pauvres et les riches.

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Thibault, 23 ans

Dans l’espoir de regagner une souveraineté populaire. On se retrouve avec des pouvoirs transnationaux, si on dégage pas Macron du pouvoir on y arrivera pas quand même. Ça fait une dizaine d’années que je fais des manifs et là ce que je vois c’est des gens qui n’avaient pas souvent faits de manif, qui se déplacent et qui prennent de leur temps, de leur énergie, de leur vie de famille. Je suis pour le Frexit, c’est la thématique principale, car sinon, pas de possibilité de souveraineté populaire. Par exemple le RIC ne peut pas être mis en place en Europe. Pas de Frexit, pas de RIC. On fait des vidéos avec lesquelles je suis dedans. Je fais du reportage pour le média pour tous et je fais des actions en semaine le lundi et le jeudi avec les Gilets jaunes Constituants, sur Paris. Pour multiplier les terrains de lutte et expliquer aux gens comment s’extraire des institutions et faire autrement. Je fais des ateliers constituants. Je suis pour un RIC en toute matière mais j’en pense ce qu’en pense Pierre-Yves Rougeron, c’est à dire que le RIC ne doit pas être utilisé de manière systématique car sinon ça devient inefficace.

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Benoît, 39 ans

Parce que j’y crois. Le RIC je suis pour SI les gens, les votants, les exprimants sont bien informés. C’est à dire je suis contre le RIC en 2020 parce que pour moi les gens ne sont pas prêts à être en capacité de discerner le bien du mal, comme par exemple dans le système médiatique. (Son voisin l’interrompt : « moi je suis Gilet jaune car la vie elle est chère, c’est la première fois que je viens en manif », un rapide échange s’ensuit et Benoît donne 100 euros à son voisin). Je veux un monde de justice et je sais qu’on peut pas gagner par la manif, par la violence, par les pancartes, on gagnera par l’intelligence et par l’entraide. Il y a une merde quelque part, comment ça se fait qu’on trouve du hashish partout en France ? On achète la paix sociale. J’ai 40 ans et je vis chez ma mère, mais c’est bien car si elle a besoin de moi je suis là. Pour le système c’est la catastrophe, un échec car tu ne consommes pas. Mais en fait c’est un joyau, et c’est beau. Avec les Gilets jaunes maintenant je comprends le sens de ma vie, la vie que je mène, pourquoi elle est comme ça. On a pas besoin d’être une majorité pour gagner, tu peux être une minorité et gagner.

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Tony, 28 ans

Indignez vous ! Je vois pas comment aujourd’hui on peut continuer à aller droit dans le mur. Il y a des militants qui se disent pacifistes mais ça arrange l’état car il en profite pour instrumentaliser et diviser les gens via les médias. Je suis Gilet jaune pour l’avenir de nos enfants, pour qu’ils ne grandissent pas dans une France où les gens des grandes entreprises n’ont aucun rapport humain : des mecs prennent des décisions pour 1000 personnes et ils ont même pas la décence de venir le dire eux même. Les gens dans la rue ont tous un travail. Le peuple va reprendre ses droits et une souveraineté qu’on a perdue. On est dans une société de paraître, quand tu étudies le monde les gens ne te comprennent pas car quand ils sont au travail ils ne prennent pas le temps de se cultiver et pour comprendre. L’économie dicte les règles au détriment de humains alors qu’elle devrait être à son service. La liberté de se foutre à poil et de faire des vidéos on l’a, mais celle de parler de sujets politiques capitaux pour la France et le Monde, non. Dans les médias si tu arrives à parler d’un sujet qui les fait chier il te mettent une pause pub. Pour l’acte 18 j’ai rencontré un clochard qui venait de se faire plaquer au sol par les flics, juste pour l’humilier. Je suis Gilet jaune pour l’égalité. On te dit que si tu travaille tu vas réussir dans la vie, mais seulement si tu as pas d’éthique. Il y a plein de libres penseurs qui sont bien à écouter : Michel Collom, Michel Onfray, Étienne Chouard, Thinkerview.

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3 commentaires sur « Porteur de parole – Gilets jaunes Paris acte IXX »

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