Porteur de parole – Gilets jaunes hors manif #1

Difficile d’interviewer tout le monde en manif ! Surtout ce samedi 16 mars pour l’acte 18 des Gilets jaunes. Pour faire suite aux entretiens de l’enquête de samedi voici 5 entretiens plus denses que d’habitude faits exceptionnellement hors des manifestations.

Pour les 4 premiers c’est la méthode du porteur de parole qui est utilisée, pour le dernier, Valérie a tenu à envoyer son témoignage et l’a rédigé pour qu’il soit publié, sa démarche est appréciée.

Ces témoignages « hors manif » complètent ceux de l’acte 18 car ils ont été fait avant ou après avec les révolutionnaires qui y ont participé. Merci à eux pour le temps consacré à cette grande enquête sur les raisons de l’engagement des Gilets jaunes avant de repartir dans le sud! Les témoignages répondent à cette question: « pourquoi es-tu Gilet jaune? »

Aria, 20ans

« Pour pouvoir voter nos lois nous même, par exemple avec le RIC, je pense qu’on est tous Gilets jaunes pour la même chose et si on a le RIC alors on a tout. Je suis déjà activiste antispéciste et même au niveau animal on pourrait obtenir de meilleures réglementations. Par exemple avec les poules en cages, les animaux dans les cirques, les fourrures, la majorité des gens sont contre, en Belgique et en Suisse par exemple c’est interdit. Et pas que ça c’est aussi pour une justice sociale et fiscale. Je gagne 450 euros en brut et 300 euros en net, en été je gagne 2000 euros, je donne beaucoup et je n’ai droit à rien. Je crève la dalle à la fin du mois et on ne rend pas assez aux gens par rapport à ce qu’on donne. Je n’ai pas d’APL, pas de prime d’activité, soit je gagne trop soit pas assez. Avant les Gilets jaunes, ça faisait trois mois que je n’avait pas été faire les courses. J’ai mangé sur les rond-points, on a fait à bouffer : on faisait une grande bouffe tous les jours et Christelle, une dame du rond-point me faisait de la bouffe végan. Ce mouvement a rassemblé les gens, on s’est entraidés : si on met un message sur Telegram on se fait aider. Pas comme avant ! On a retrouvé la solidarité sur les rond-points comme dans un petit village. Si ça ne marche pas on va continuer à tout péter. De toute façon il n’y a que ça qui marche, regarde ça a fait revenir Macron. On va changer de rue et il va craquer, il ne faut pas s’arrêter. Quand tous les capitalistes vont lui tomber dessus, il sera obligé de changer les choses. »

*****

Clément, 21 ans

« Au début je ne pensais pas que ce serait plus d’une manif et quand j’ai vu que ça continuerait et que ça mobilisait des personnes de tous horizons, j’ai pensé qu’il fallait y rester et motiver plus de monde pour que ça perdure. Mes motivations : pour une justice sociale et fiscale. Quand est venu le RIC, je n’étais pas à fond directement mais quand je me suis intéressé au sujet je me suis dit que ce pouvait être une très bonne chose pour changer tout en suivant nos revendications. Mes idées de base c’est une haine de Macron et de sa bande de libéralistes. Je suis plutôt extrême gauche, je suis patriote aussi et j’ai envie de préserver mon pays de ceux qui veulent tout détruire en se faisant de l’argent, en vendant les biens publics à leurs copains milliardaires. Comme par exemple avec Aéroports de Paris ou la Française des jeux. Ils préfèrent le vendre car ils savent qu’ils vont toucher un bon billet. J’ai la volonté de dégager ces corrompus qui nous dirigent et qui sont déconnectés du peuple et et de leur pays. »

*****

Max, 23 ans

« Pour tout en fait, pour lutter contre la misère sociale et les politiciens. Tous les mêmes. Je ne suis pas trop pour le RIC car ce ne sera juste qu’une façade, ils ne laisseront pas passer ce qu’on souhaite sous les formes qu’on veut. Si quelqu’un dirige le pays il pourra toujours tirer les ficelles et s’engraisser sur le dos du peuple. Et là il y a trop de gens qui s’engraissent sur le dos des pauvres.On fait des cadeaux fiscaux aux grosses entreprises qui n’en ont pas besoin et pas aux PME, alors qu’il faudrait que ce soit l’inverse. Je suis militant antifasciste et plus Gilet noir que Gilet jaune. Les Gilets jaunes reprennent les idéaux du mouvement anarchiste en partie même s’il y a quand même des trucs de droite comme par exemple la fermeture des frontières. Le mouvement est assez mitigé mais quand même je vois souvent plein de slogans comme « ni dieu ni maître » et ça fait plaisir. Ce n’est que le début, les gens mettent toute leurs haines sur Macron mais c’est ça depuis bien avant lui. Je pense qu’il faut changer tout le système et pas juste le président, le système sera sinon toujours corrompu. »

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Blaco, 30 ans

« Je ne suis pas gilet jaune mais je les épaules depuis le début. Je suis là pour saboter le système, en vérité j’ai attendu ça toute ma vie. Anarchiste depuis gamin, j’avais complètement baissé les bras en pensant que les moutons ne se réveilleraient jamais. Je n’avais pas manifesté depuis 10 ans et ce début d’insurrection a réussi à me redonner l’espoir qu’on pouvait faire changer les choses. C’est la première fois qu’il y avait un grand mouvement populaire dans lequel je pouvais me reconnaître, mis à part les mouvements altermondialiste, antifasciste et la freeparty auxquels j’adhère depuis toujours. Après je pense que tout est lié, c’est aussi une philosophie de vie et tant que je me sentirais en accord avec mes valeurs je continuerais de me battre. C’est pas plus compliqué que ça, je pense qu’il faut dissoudre totalement ce gouvernent corrompu, tout détruire pour tout reconstruire. »

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Valérie, 54 ans

« Je pense qu’il ne faut surtout pas dissocier l’action pour le climat de celle des Gilets Jaunes. Les manifestations pour le pouvoir d’achat ne sont pas synonymes de consommation effrénée, mais ce fameux pouvoir d’achat est garant d’une certaine liberté de choix dans notre société telle qu’elle est configurée actuellement. La révolte des GJ n’est pas, comme voudrait le faire croire le gouvernement, uniquement basée sur la taxe diesel, mais elle a éclaté à cause d’un ras le bol, survenu après des injustices sociales, des taxes à n’en plus finir, le mépris d’un gouvernement pour son peuple, le fossé entre le mode de vie de ce même gouvernement et celui des travailleurs ponctionnés. Aujourd’hui, au 21 siècle en France, nous voyons beaucoup de gens obligés d’avoir deux emplois pour subvenir à leurs besoins vitaux. Or, lorsque l’on est dans l’urgence économique, l’important et l’essentiel est de survivre. Nous le constatons dans d’autres pays, pays qui ne sont pas si loin, puisque dans certains pays d’Europe, le travail des enfants a fait sa réapparition. L’écologie passe donc après. Nous ne pouvons mener des actions écologiques, que si nous avons cette liberté de choix. Par ailleurs, si nous perdons notre pouvoir d’achat, nous n’aurons plus d’autre choix que d’acheter des produits fabriqués en Inde, Chine, Afrique par des enfants, dans des conditions déplorables. Car ce sont des produits peu chers. Sommes-nous prêts à fermer les yeux là-dessus ? Si nous conservons notre pouvoir d’achat, nous pouvons acheter des produits fabriqués en France, qui ont généré un salaire DECENT et des emplois. Et c’est là où la boucle est bouclée, il n’y a qu’avec un salaire décent qu’on peut faire ce genre de choix ; les taxes, déremboursements de sécu, hausses des énergies, privatisation sournoise de l’école, des hôpitaux, des infrastructures…Laissent la majorité des gens, exsangues. Si nous acceptons ce que nous propose le gouvernement, demain, nous serons tous pris à la gorge par des crédits et ne pourrons plus rien exiger, ni revendiquer ; déjà à l’heure actuelle, certaines personnes sont obligées de contracter des crédits afin de pouvoir juste vivre. Nous le voyons tous les jours, le désengagement du gouvernement auprès des communes, a généré une baisse du niveau scolaire (donc, un manque d’éducation civique et responsable, les profs ne pouvant tout gérer), des moyens réduits pour les associations (donc pour les écolos, idem), une obligation pour certaines communes, de bâtir à « tout va », pour générer de la taxe locale, afin de maintenir les services sociaux. Dans ma ville, tous les jours, des arbres sont abattus, des bois rasés, des animaux sauvages « expulsés » de leur propre habitat, des disparitions d’insectes, d’oiseaux… L’arrivée massive de nouveaux habitants génère une circulation très importante, des déchets très nombreux (y compris dans les rues), des dépôts sauvages laissés par des petites entreprises qui ne veulent pas payer la taxe. Eh oui, une pollution très conséquente. Par ailleurs, j’imagine que les GJ de province auraient préféré une autre solution, que de conserver leur voiture, MAIS, l’Etat supprime régulièrement des lignes de trains et les déplacements deviennent difficiles. Plus de trains, moins d’habitants : suppression des écoles, des hôpitaux, de la Poste, des petits commerces (et bonjour les grosses ZI avec des magasins tout en plastique). Les gens sont donc obligés d’aller de plus en plus loin pour trouver du travail ou pouvoir faire les courses. Et sans voiture… C’est le système qui doit être changé « d’en haut » ; (le système doit-il être décapité ?), nous devons combattre cet hydre de Lerne, dont les têtes sont multiples (multinationales, fortunes issues de la vieille noblesse, hommes d’affaires avides, émirats, gouvernements soudoyés…) et nous avons aujourd’hui le choix d’unir les convictions qui sont, je le maintiens, communes. Enfin, les GJ sont PACIFISTES, les manifestations ont été itinérantes et ont circulé dans tout Paris. Il était alors, facile de tout casser : Place Vendôme, Madeleine, Quartier du Marais, Louvre. Là, aucune sécurité, aucune boutique ou café barricadé. MEGA FASTOCHE, mais ça ne s’est pas fait. Pour le savoir, il faut s’informer sur les médias alternatifs. Et si quand bien même les GJ n’étaient plus pacifistes, c’est le gouvernement qui a provoqué ces violences. Lorsque l’on n’écoute pas les gens, ils s’énervent. La révolution de 1789 et les manifestations de 1968 ne se sont pas passées pacifiquement et je pense sincèrement que c’est ce même gouvernement qui culpabilise et fait baisser la tête aux gens devant ce terme de « violents, vilains GJ », car ce qui les panique, c’est bien cela. Le jour où nous assumerons pleinement cette violence qui fait face à la leur, ô combien plus malsaine, nous changerons réellement les choses. Et si les détracteurs des GJ emploient ces termes « violence », « casseurs », « p’tits connards »… Qu’ils ne s’imaginent pas qu’une révolution d’une telle ampleur et dont les motivations sont si importantes, qu’elle se fera dans un fauteuil et qu’elle n’aura aucune trace, telle une émission de téloche qu’on oublie lorsqu’on a tourné le bouton. »

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2 commentaires sur « Porteur de parole – Gilets jaunes hors manif #1 »

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