Porteur de parole – Gilets jaunes Paris Acte XVIII

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Scènes de guerre à Paris pour l’acte 18, c’est ces mots qui illustraient de nombreux commentaires parmi les manifestants du samedi 16 mars 2019 pour la manifestation des Gilets Jaunes sur les Champs Élysées. Pour certains on retrouvait « l’esprit de l’acte 3 » avec « la bataille de l’Arc de Triomphe » et une ardeur révolutionnaire qui cherche à en découdre avec le pouvoir.

L’Élysée ne fut pas pris cette fois ci, les policiers étaient encore trop nombreux à protéger le palais, symbolique du pouvoir de Macron et des autres oppresseurs. Mais ils étaient bien moins nombreux à ceinturer les Champs Élysées, ne pouvant réellement contenir la foule qu’avec leurs camion jets-d’eau et leurs innombrables capsules de gaz incapacitants. La gendarmerie s’est réfugiée sur le rond-point de l’Arc de Triomphe et n’a pas réussi à expulser de là les manifestants avant la tombée de la nuit.

Personnellement je suis arrivé à 11h45 sur les Champs Élysées et les forces de répression étaient déjà en train de gazer. Un cortège sauvage « black bloc » tenta une avancée vers l’Arc de Triomphe, ce monument symbolique des victoires militaires de l’empire napoléonien et fut abondement et immédiatement gazé. Ce qui provoquât la descente du cortège de l’avenue en direction du centre de Paris et des lieux officiels du pouvoir. Et ce qu’il s’est passé ensuite fut incroyable.

Des brasiers s’allumèrent, des vitrines explosèrent, le Fouquet’s, symbole important de la victoire des riches sur la politique française lors de l’élection de Sarkozy en 2007 fut démonté et prit feu ensuite paraît-il du fait d’une grenade perdue. Contrairement aux autres manifestations, où certains manifestants s’opposaient en protestant aux dégradations matérielles, de ce que j’ai vu cette fois ci, personne n’a fait de commentaires et il montait même de la foule une clameur enthousiaste quand tombaient les vitrines des symboles des disparités sociales.
Un magasin de vêtements de luxe ainsi qu’une bijouterie furent mises à sac et les objets en vente furent partagés dans la foule dans une ambiance d’euphorie revancharde. La propagande du pouvoir qui opposaient les pauvres riches aux révolutionnaires a désormais pour ces derniers complètement perdu de sa substance.

Ensuite ce fut un ballet ininterrompu d’attaques de la police et des manifestants, sur l’avenue, sur la place à coup de jets d’eau ou de gaz lacrymogènes. Des centaines et des centaines de capsules de palets contenant du gaz incapacitant furent envoyées sur le peuple, cela représente si ce n’est des millions, au bas mot des centaines de milliers d’euros. Pourtant, les gens réclament simplement de pouvoir vivre dignement, et n’avaient que des pavés et des bouteilles à envoyer en retour.

Pour la première fois de ma vie j’étais dans une foule qui scandait « révolution ! » et ce fut un grand moment d’émotion collective. Un sentiment unitaire était partagé à ce moment là, une impression de force et de détermination qui réchauffa les cœurs et redonna l’espoir que le monde puisse être différent. Qu’on pouvait le changer, là maintenant.

Personnellement, j’ai pleuré 6 fois et je me suis étouffé deux fois du fait des gazages, et j’ai échappé aux nuages sans pouvoir les compter de nombreuses fois, et j’étais là pour recueillir des témoignages ! Les fumées blanches des gaz et noires des brasiers, imposaient leur décor permanent.

De ce fait, je n’ai pu recueillir que 7 témoignages pour la grande enquête sociale sur les raisons de l’engagement des révolutionnaires. Voici donc à la suite pour vous faire une idée ! Les gens répondant à la simple question : « Pourquoi es-tu Gilet jaune ? »
Ceux-ci se rajoutent aux enquêtes des actes 9, 14, 16 et 17 et en tout, cela fait pour l’instant 45 témoignages.
Faites-vous votre propre opinion, indépendamment de toutes celles et ceux qui diffusent sans honte la sordide propagande du pouvoir !

Yvon, 51 ans

« Pour la justice fiscale. Je veux bien payer des impôts mais il faut que tout le monde en paye. Quand tu vois que le patron d’Auchan ne paye que 135 euros annuels d’impôts sur le revenu et que pourtant il gagne des millions! J’en paye vingt fois plus que lui. Je veux juste même sans parler de nouvelles tranches que tout le monde en paye, des impôts. On dit : « il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux », de l’argent il y en a mais on va toujours le prendre au même endroit, chez les travailleurs. On gagne pas beaucoup mais on est nombreux, ça vaut le coup de nous taxer ! Si on arrive à avoir une justice fiscale ce serait bien, moi c’est surtout ça qui me met en colère. »

*****

Thomas, 44 ans

« Par solidarité et que je suis contre l’UE. J’ai voté la première fois en 1995 Chirac au premier tour, depuis je ne suis plus retourné voter. J’ai une bonne situation maintenant mais avant j’étais artisan et je suis amer car l’UE a détruit le petit artisanat. Je suis retourné au salariat. On nous a prit pendant trop longtemps pour des moutons, faut que ça cesse! J’ai eu l’occasion de vivre à l’étranger et c’est vraiment différent, tout est trop dur ici et je comprends la situation des Gilets jaunes. J’ai une boule au ventre, en ce moment tout le monde a une boule au ventre du fait de la situation. Là je vends ma maison et je vais m’installer au Brésil. Adieu la France. »

*****

IMG_20190316_141931.jpgMauricette, 66 ans

« Parce que j’en ai marre de voir que 90% des gens se tuent au travail et vivent dans la misère pendant que d’autres se gavent. J’en ai marre de tous les privilèges qu’ils s’octroient. Des lobbys qui dirigent le monde. Je veux plus de justice sociale. Marre d’être taxée tout le temps, on va bientôt plus pouvoir respirer sans être taxés ! Les services publics sont de plus en plus mauvais et absents. On avait le meilleur régime de santé au monde et si on continue ça ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Pour le climat aussi, on détruit la planète. Je lutte pour la génération avenir ! Ça faisait des années que j’attendais que le peuple se réveille. Et pour ça j’étais là dès le 17 novembre et je n’ai jamais arrêté depuis. Et je viens de Belfort. »

*****

Andrew, 31 ans

« Pour mon fils. Je suis mécanicien et ma femme est coiffeuse, on doit faire du black pour s’en sortir… On est taxés de partout, on s’achète une maison et maintenant on le regrette. Ce qui m’intéresserait c’est qu’on ne soit pas obligé de compter, les fins de mois. La retraite, dès que je vois que mon fils se débrouille, je me tire pour aller vivre mieux ailleurs. Je ne suis venu que 4 fois à Paris. J’ai lié des liens d’amitié avec les Gilets jaunes que j’ai rencontré au rond-point au début. On est tous voisins mais on ne s’était jamais croisés, il a fallu un mouvement comme ça pour pratiquer la fraternité. Ça a récrée la solidarité, il y avait toujours du monde sur les rond-points, le soir après le boulot, on partageait la bouffe, c’était beau de solidarité. »

*****

Guillaume, 24 ans

« Je suis contre la politique de Macron depuis le ministère de l’économie, et contre le néo-libéralisme. J’ai commencé au 4e acte car je ne peux pas y être tous les week-ends mais j’étais dès le départ à fond avec les Gilets jaunes. Ça faisait un moment que je n’étais pas venu et j’ai été agréablement surpris que ce ne soit pas comme dans le propagande du gouvernement. Je suis tout seul, tous mes potes « de gauche » ne se reconnaissent pas dans le mouvement. Pour eux c’est trop prolétaire, à mon avis. Je pense qu’il y a un rejet même chez mes amis les plus à gauche, à Paris on est des petits bourgeois et ça ce n’est pas assez policé. Ils sont peut-être à la marche pour le climat, là je pense qu’ils s’y reconnaissent. »

*****

Hippolyte, 17 ans

« Initialement j’étais communiste, mais je détestais les manifs classiques. Et le fait que là ce soit le prolétariat qui se mobilise lui même je trouve ça bien. Les fils de bourges ont plus d’empathie pour les pauvres africains que ceux du 93. La révolution ne pourra être le fruit que des prolétaires eux même. »

*****

Zekky, 32 ans

« A cause de l’oligarchie financière qui nous a confisqué notre souveraineté. Les députés ne représentent plus la volonté du peuple. Tous dans le même sac ! Tout le reste, c’est des conséquences de ça, de cette domination. Beaucoup de gens se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas les seuls à être pauvre car c’est un peu honteux. Ce mouvement à permis qu’on se rende compte qu’on faisait partie de la majorité. Pendant des années on a fait se jalouser les travailleurs à partir de petits avantages, comme par exemple avec le train gratuit pour les cheminots de la SNCF. Pourquoi rabaisser les autres et pas s’aligner pour le mieux ? »

A cette enquête sont venus s’ajouter 5 témoignages exceptionnels que je n’aurai pas pu faire en manif. Merci à tous et toutes !

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5 commentaires sur « Porteur de parole – Gilets jaunes Paris Acte XVIII »

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