Porteur de paroles – Gilets jaunes Paris acte XVII

IMG_20190309_173433

La grande enquête sociale sur les raisons de l’engagement des gilets jaunes continue ! Ce samedi 9 mars pour l’acte XVII je suis resté sur les Champs Élysées qu’on a bloqué tout l’après-midi pendant que la manif faisait son parcours. La police faiblit et n’a pas eu les forces de nous disperser ! Elle se contentait de fermer l’accès à la place de l’Étoile.

J’ai utilisé la méthode du porteur de parole réduite à sa plus simple installation, une pancarte attachée à mon cou avec inscrite dessus pour interpeller les gens :  « Pourquoi est-tu Gilet jaune ? ».

Comme les autres fois les anecdotes sont poignantes et les commentaires révèlent la détermination des gens. Ces entrevues s’ajoutent et complètent celles des actes 9, 14 et 16.

Faites vous votre propre analyse à partir de ces 13 témoignages directs. Loin des commentaires de ceux qui se croient plus malins que tout le monde !

Julien, 32 ansIMG_20190309_144523

« Pour que les richesses soient mieux réparties, pour l’écologie aussi, parce que tout est lié. Pour lutter contre l’avidité des plus riches et limiter les souffrances des plus pauvres. Ça ne fait que quelques mois que je ne suis plus dans la survie, avant et pendant un mois il ne m’est resté que 8 euros et 52 centimes pour manger. Je n’ai acheté que des pâtes que j’ai mangé avec du sel, je ne faisait qu’un repas par jour, le soir. C’était une période de chômage, je touchais 1000e par mois mais le loyer et les factures ça faisait déjà 1000. Ici avec les autres gilets jaunes, il y a quelque chose de plus fort que de l’empathie, une forme d’unité. Parce que la souffrance de la fin du mois est devenue un bien commun. Liberté, égalité, fraternité ou la mort. Même si je préfère l’amour ! ❤ »

Hugo, 28 ansIMG_20190309_144535

« Pour l’espoir. Je suis là tous les samedis même si ça me saoule et que je voudrais que ça s’arrête. J’en ai marre de quémander, je pense qu’on a besoin d’autres moyens démocratiques pour nous, décider. J’aimerai qu’on fasse nous même les règles par exemple pour se loger à Paris ou pour interdire le glyphosate. Je n’ai pas envie de me faire entendre et de crier toute ma vie mais j’aimerai décider. Si on en a les outils, on pourrait le faire. Même si on est tous descendus pour lutter contre la pauvreté on attend plus rien. Si c’est eux qui nous donnent outils et droits ce sera forcément une escroquerie. J’ai de l’espoir car j’ai l’impression que les gens ont de la volonté, mais je ne sais pas comment ça va finir. Bien j’espère. »

Hydar, 40 ans

« Parce que les Gilets jaunes m’ont redonné foi en l’humanité. Jusqu’alors on ne se souciait pas des autres et là ça a changé entre Gilets jaunes. Notre message est en train d’être travestit. J’étais à une conférence avec Juan Branco (l’avocat des Wikileaks) il a expliqué comment Macron a prit le pouvoir et ses démarches vis à vis des riches pour obtenir la présidence. La solution pour moi est décrite sur democratieouverte.org ; ce sont des chercheurs et des politologues qui travaillent à améliorer la démocratie, allez voir ! Il y a un nouveau mot qui sort c’est celui de civique tech, pour avoir plus d’outils civiques, je suis développeur et je suis confiant sur le fait que ça ne puisse pas être hacké. Pour les puissants, on est juste des « marchés ». Les municipales, c’est à notre portée, on doit reprendre le contrôle des territoires. Ça va bien se passer, on va juste changer le monde. Allez voir mon site : http://www.citoyens.info »

Alexandre, 21 ans

« Je ne me considère pas comme politisé. Depuis la fin du quinquennat de Hollande je pense que la France est une république bananière. Par exemple Alain Juppé qui est nommé au conseil constitutionnel alors qu’il a des problèmes avec la justice. Ou comme Benalla qui est une synthèse, on est parti de ses violences envers les manifestants et on a découvert toutes les affaires. Le jour où j’ai appris qu’il y avait 10 000 000 de pauvres en France j’ai été choqué, pour moi c’était pour la Bulgarie ou le Cambodge ! Faire des élections tous les cinq ans comme ceci, ça ne sert que les bourgeois. C’est pas vraiment important que ce soit Macron, Fillon, et cetera. En fait qui dirige ? Dans le sénat de la Rome antique il y avait les frères Graques qui voulaient faire une politique populaire. Leur assassinat a été commandité par les autre sénateurs, tu vois ? Ceux qui sont riches par leur héritage ou leurs arnaques sont qualifiés d’experts à la télé, et ils nous traitent de populistes, nationalistes, homophobes, xénophobes, d’antisémite et de racistes. Dès que tu ne penses pas comme eux ils te qualifient d’extrême. Mais ils nous prennent pour des cons et c’est insupportable. Il faut que ça cesse. »

Nathalie, 54 ans

« Le déclic pour moi ça n’a pas été l’essence, mais c’est une demande de justice sociale, un ensemble de choses. Les inégalités sont croissantes, pour moi ça va mais je viens d’un milieu populaire et que ça, ça va dans la continuité des luttes anticapitalistes et écologiques. L’état est de plus en plus répressif : le 12 janvier je rentrais chez moi et boulevard Haussmann alors qu’il ne se passait rien, la police a tiré des rafales et je me suis pris un tir de LBD (flashball) au dessus du genou ! »

Joëlle, 67 ans

« On est dans une société qui nie notre humanité. Ce sont les plus pauvres qui font la révolution, on a tout conquis en descendant dans la rue et aujourd’hui on est obligé d’y retourner car ils sont en train de tout nous reprendre : le droit d’être soigné, d’étudier… tout simplement le droit de vivre ! Quand on voit des gens de 80 ans qui descendent dans la rue parce qu’ils ne veulent pas mourir comme des esclaves, je suis obligée d’y aller aussi. »

Roger, 70 ans

« Je me dis qu’il est toujours temps de replacer l’humain au centre des préoccupations de la société. Je pense que tout ce qu’on a obtenu pour améliorer notre dignité et nos conditions de vie a été obtenu par la rue. Seul un rapport de force conséquent permet de résoudre les problèmes. Le pouvoir se crispe sur les privilèges de la caste qu’ils représente. Pour finir je constate un retour de la lutte de classe et que c’est une perspective qu’il ne faut jamais perdre de vue. L’homme n’est pas assez généreux pour partager de lui même. »

Yann, 52 ans

« Je me le demande. Nous vivons la prophétie d’André Malraux : le défi des hommes du XXIe siècle sera de réintégrer les dieux. C’est à dire qu’on vit dans un monde trop compliqué par rapport à la technologie qu’on ne sait pus manipuler. Il y a des catastrophes, par exemple les centrales nucléaires. On va être obligé de calmer le jeu, car une croissance infinie dans un monde fini c’est impossible. Le monde doit être simplifié, le gouvernement doit s’occuper de nos cinq besoins fondamentaux : se vêtir, se nourrir, se loger, l’éducation liée à la réalité scientifique et la justice. Il faudrait aussi une simplification législative parce qu’on y comprend plus rien : les articles de loi sont contradictoires, ça réserve la compréhension des lois aux professionnels. Un exemple avec la création d’un village de yourte à Cubières, ce projet a été annulé par la préfecture sur des interprétations fallacieuses du code de l’urbanisme. J’ai lu sur le blog de l’initiatrice du village de yourte : « le gouvernement craint l’autonomie de ses citoyens ». Si on est indépendant avec l’eau, l’énergie, la nourriture et le logement, psychologiquement on est plus léger, on a une chape de plomb en moins, et j’ai vécu ce sentiment. J’ai acheté des parts de SCI (société civile immobilière, qui permet de posséder un lieu à plusieurs) pour créer un écovillage, pas pour y habiter mais pour mettre en place l’idée de Gandhi : « Le seul moyen de convaincre c’est l’exemple ».

Jérémy, 46 ans

« Parce que j’en peux plus de ce système. En premier lieu je suis pour la liberté d’expression et le partage des richesses et contre la propagande constante sur l’histoire de France. Le système tel qu’il est est en régression et pas en progression. Pour les 1% les plus riches, ça va mais pas pour tous les autres. Pour moi la bataille n’est pas politique elle est spirituelle. Avant, il y avait plus de partage. »

Paul, 25 ansIMG_20190309_165606

« C’est l’extension du marché à tous les domaines de la vie qui fait que je descends dans la rue. Je pense que ce sera pire demain. Le manque de débat montre le recul de la démocratie et le refus de la légitimité du peuple. Le monde que rêvent les riches est très antisocial et ça me fait peur pour la suite. Je n’ai as envie que mon existence ce soit me battre pour survivre, en participant par exemple à exploiter le tiers-monde. « En haut » ils vivent dans leur monde, je suis ici aussi pour la convergence des luttes et qu’on ouvre les esprits pour penser différemment. Aujourd’hui, on a besoin d’exemplarité dans «  le juste ».

Valentin, 22 ans

« Je suis le cousin de Paul et je suis d’accord avec lui. Ça ne fait que deux ou trois ans que je m’intéresse à la politique, à comment notre monde marche. L’hypercapitalisme ça ne me va pas. A mon avis on doit être fier de son pays et je me dis qu’avec les Gilets jaunes on peut retrouver l’estime de notre peuple, et qu’il faut être là. J’ai retrouvé la fierté de faire partie d’un peuple uni et fraternel. Être dans les manifs a fait évoluer ce que je pense de ce qu’il faudrait que soit la France. Tous ensemble on peut changer les oppressions qui sinon vont nous bouffer. Je suis fier d’être là, d’être français, et de tous les français. »

Guy, 65 ans

« J’étais à la retraite et je me suis dit qu j’allais consacrer une demi-heure ou une heure par jour à envoyer des messages. Ça fait cinq ans que tous les jours je diffuse sur le net pour dénoncer les méfaits des journalistes, par exemple. J’ai l’expérience du travail de journalisme politique et je suis outré par ce que je vois en ce moment. Un jour, j’étais dans ma ferme et j’ai pris un taxi collectif pour deux euros. Le gars du taxi me dit : on va faire le tour des villages pour aider les gens. J’ai rencontré les vieux, j’ai vu une misère qui m’a donné les larmes aux yeux. Quand ça a commencé les Gilets jaunes, je me suis dit : « j’y vais ! Je vais les défendre moi les vieux ! ». Pour moi GJ ça veut dire Grande Justice : fiscale, sociale, etc. C’est un soleil pour moi, une élévation du niveau de la société, pour le bonheur recherché. Tout est repris à la base en ce moment. On est ensemble et on ne s’abandonnera pas. On est intelligents et humains, pas comme le sous-entendent les médias. Je demande la renationalisation de l’eau, du gaz, de l’énergie et des autoroutes au prix où ça a été vendu. Ils nous ont escroqué, maintenant ils vont rendre l’argent ! Je fais des vidéos, et j’irai jusqu’au bout pour défendre les plus humbles, jusqu’à la mort ! »

Thomas, 17 ans

« Je suis arrivé à midi trente, on ne m’a pas laissé rentré donc j’ai contourné pour qu’on ne me confisque pas mes affaires. Dans une petite rue on s’est fait bloquer 30 à 45 minutes, un camion jet-d’eau est arrivé, j’ai réussi à passer le barrage mais je me suis fait arroser le cul pour rien dans une autre rue ! Ensuite il y a eu un attroupement et une femme a plaqué contre une vitrine un garçon qui lui avait volé son téléphone, je crois. Puis la BAC (la brigade anti-criminalité, connus pour être violents et irrespectueux de la loi, surnommé les cow-boys) est arrivée, on est parti en manif sauvage et on s’est fait bloquer. On nous a fait sortir au compte goutte. Puis je suis revenu sur les Champs Élysées. Les keufs courent vachement vite ! Je viens ici pour donner de la force au mouvement. »

Vers 18h, nous nous étions rapprochés le l’Arc de triomphe. Une canette a volé et ce fut le prétexte pour a police pour nous gazer. Une fois les yeux nettoyés et le sens de l’équilibre revenu une grande partie de la foule est revenu vers la police qui a utilisé les canons à eau pour nous effrayer. Mais les gendarmes nous bloquaient de l’autre côté ! A la tombée de la nuit, la police a finalement chassée les gens qui étaient là en les poussant le long des Champs Élysées. Voici quelques photos pour illustrer ces moment.

 

 

Publicités

5 commentaires sur « Porteur de paroles – Gilets jaunes Paris acte XVII »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s