Le bio c’est un truc de prolo

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L’alimentation dite biologique, qui n’est pas produite à l’aide de désherbants, d’insecticides, de fongicides (les champignons), de biocides (les bactéries), et de centaines d’autres produits toxiques; a mauvaise réputation.

Bien sûr, des produits sont quand même utilisés pour limiter les populations de « ravageurs » mais contrairement à ceux énumérés, les médecins et biologistes sont à peu près sûr que les produits utilisés en bio, dans les bonnes proportions sont presque inoffensifs pour les consommateurs, les producteurs et les écosystèmes d’où sont issus les cultures.

Par contre, on est sûr que les premiers produits sont des poisons puissants, dont les conséquences sont visibles dans les écosystèmes, par exemple avec les insectes, mais aussi dans les corps des gens comme avec les maladies dites émergentes, les malformations des nouvelles générations, les cancers et les maladies dégénératives du cerveau (Parkinson, Alzheimer, etc).

Personnellement j’entends souvent que le bio c’est un truc de bobo, parce qu’au supermarché pour un même produit il y a une différence déraisonnable de prix entre le chimique et le bio, qui est le double, le triple, le quadruple.

Dans les boutiques bio notre regard est attiré par des produits qui sont de luxe et qui reflètent le vrai prix du travail. Les produits de luxe en supermarché ne sont relativement peu cher que parce qu’on tire sur la qualité des matières premières, sur la rémunération des ouvriers ou sur leurs conditions de travail. Sans même parler de ce qui est fabriqué à l’étranger.

Nous sommes tellement habitué à cela qu’on se dit juste que le bio c’est cher. Et donc que ce n’est pas pour nous.

Alors dans les lignes qui suivent je vais tenter de vous convaincre, comme j’en ai moi même l’intime conviction, que le bio c’est pas un truc de bobo, mais qu’au contraire, le bio c’est un truc de prolo.

Les bobos c’est les bourgeois bohème, bourgeois on sait ce que c’est, c’est des gens qui n’ont pas besoin de travailler pour vivre dans le luxe, et qui n’ont cette possibilité que parce qu’ils exploitent des gens à leur place. Bohème, on a un doute mais dans la compréhension générale ça oscille entre naïf et glandeur. Un bobo c’est un peu comme un con, c’est toujours l’autre, et donc c’est bien pratique de dire que quelque chose est un truc de bobo, ça nous désengage et ça légitime notre désintérêt.

Les prolos, c’est nous, c’est les travailleurs. Mais la propagande bourgeoise a bien fait fait son travail et on trouve couramment des salariés qui disent que non, eux ne sont pas des prolétaires mais que eux, c’est la classe moyenne. Sauf que si on y réfléchit, est ce qu’il y a vraiment une catégorie intermédiaire entre les gens qui travaillent et les gens qui exploitent les gens qui travaillent ?

Diviser pour mieux régner, est une tactique aussi vieille que les structures sociales de domination.

Personnellement je me considère comme un prolo et je suis la preuve vivante que le bio c’est un truc pour moi. Ça fait 4 ans que je mange tout bio, intégralement ; je n’ai aucun des problèmes de santé que les gens de mon âge peuvent rencontrer, comme la fatigue chronique, les difficultés de cicatrisation, des fréquences élevées de maladies ou des problèmes que les médecins classent dans les « maladies émergentes », j’ai la satisfaction de ne pas contribuer à la pollution liée à la production de la nourriture chimique, de ne pas pourrir la santé des agriculteurs, je me régale à chaque repas car c’est bon, et le meilleur, c’est que ça me coûte moins cher.

140 euros (à Paris) par mois, tout compris. Véridique !

Avez-vous déjà fait le calcul de combien vous coûte le confort apparent du supermarché ? Et je ne parle pas du long terme avec les maladies, les carences, la déprime liée au fait que manger n’est plus un plaisir, et d’autres choses que vous pouvez imaginer.

Alors comment c’est possible ? Puisque le supermarché nous escroque, qu’à la boutique bio tout est agencé pour nous faire acheter autre chose que les produits de base, et que dans les grandes villes on peut douter de la qualité et de la provenance des produits du marché.

Pour moi qui n’ait pas de potager, c’est n’est possible que grâce à mon AMAP.

Les AMAP vous savez c’est les paniers de légumes bio et locaux, chaque semaine, qu’on obtient parce qu’on est abonné à la production d’un ou une maraîchère. Cela veut dire Association pour le Maintient de l’Agriculture Paysanne.

Chaque semaine j’ai une quantité de légumes frais, locaux et de saison qui me permet d’en faire la base de ma nourriture, d’y trouver mes protéines, mes glucides, mes vitamines, mes saveurs pour cuisiner.

Plus je mange de légumes, moins j’ai besoin de produits d’origine animale et donc ça me coûte beaucoup moins cher. Et c’est là où on va économiser, en énergie pour les écosystèmes, en problèmes pour la société, en argent pour nous même.

L’AMAP a ça de révolutionnaire qu’elle déboulonne toutes les emprises du capitalisme sur ce besoin fondamental qu’est notre approvisionnement en nourriture.

Simplement c’est comme si un groupe de voisins finançait une partie de la production d’agriculteurs pour se nourrir eux même en commençant par les légumes.

L’autogestion de la structure, son organisation fait qu’elle devient irrécupérable par des investisseurs, impalpable pour la domination capitaliste. On évite la grande distribution, l’industrie des engrais et des pollutions, les transports superflus en camion.

Être dans une AMAP c’est arrêter de remettre une pièce dans la machine qui nous oppresse, en court-circuitant l’économie capitaliste, en sponsorisant une autre économie, comme en disant à un ou une agricultrice : « me nourrir de choses saines est un de mes besoins fondamentaux, je te finance une production de légumes pour moi même et les gens que j’aime, en contrepartie tu me fournis chaque semaine. J’accepte que le climat et les intempéries puisse diminuer la taille de mes paniers, mais j’aimerai bien que tu m’en fasses des beaux si les récoltes sont bonnes. ».

Être dans une AMAP ce n’est donc pas être une ou un consommateur, c’est être un acteur d’une autre économie pour un demain meilleur.
Ce demain se façonne maintenant, des milliers de gens sont à l’œuvre pour agir dans leur quotidien, pour peser, nous pouvons être des millions.

Se nourrir en agriculture biologique ne devrait pas être un choix, ni soumis au fait d’avoir de hauts revenus, mais une nécessité pour préserver nos fragiles et ténus écosystèmes, nécessaires à notre bonne survie, en ces temps de bouleversements climatiques. Ces pratiques respectueuses de l’environnement devraient être la norme et pas à la marge. Nous avons le choix de dépenser notre argent pour encourager un système auquel nous aspirons.

Le circuit court nous reconnecte avec notre territoire, nous donne la possibilité de rencontrer celles et ceux qui travaillent à produire notre nourriture.

Adhérer à une AMAP c’est apprendre à aimer à se nourrir simplement, de légumes et de patates principalement, de moins préparer, moins éplucher, de plus manger cru, de faire soi même. C’est oublier les manières d’aristocrates de manger de la viande à chaque repas, de cuisiner à base de produits transformés, et de produits qui seraient de luxe, s’il ne seraient issus des industries qui les dénatures en nous exploitant nous, ou d’autres, inconnus.

C’est faciliter la diminution de viande, de laitages, d’œufs pas chers, venant d’animaux remplis de médicaments et d’OGM, dont les conditions d’élevage et d’abatage sont souvent d’une cruauté qu’on ne préférerait pas voir.

Mettre son argent directement chez les agriculteurs c’est leur procurer un meilleur prix pour leur travail, c’est avoir des légumes bios pour trois-quart du prix de la boutique bio (beaucoup moins cher qu’au supermarché!) garanti sans emballage, ni gaspillage de pétrole, ni exploitation de sans papiers !

Une AMAP ça commence avec des légumes car c’est la base pour cuisiner, mais ça s’étoffe vite pour se procurer d’autres bons produits, selon les envies et la motivation des gens qui la font vivre.

J’espère vous avoir convaincu que non seulement nous sommes légitimes à manger bio, mais qu’on doit agir sur la société pour préserver les sols, nos corps, la vie. Pour nous qui sommes modestes, et qui n’avons ni les moyens de tomber malade, ni de rester oisifs pour soigner notre cancer, nous avons intérêt à ce que notre nourriture soit notre médecine, et pas l’inverse !

Ce qui m’amène à dire que le bio c’est pas un truc de bobo, c’est le cancer et le désinvestissement général qui est un truc de bobo. Et que le bio, c’est pour nous les prolos !

Nous devons rester en pleine possession de nos moyens, et nous souhaitons tous préserver les gens que nous aimons des maladies. Alors donnons nous en les moyens.

Rejoignez l’AMAP proche de chez vous (ou montez la vôtre, on vous aide!) pour faire vivre l’espoir d’un avenir positif et pour construire ensemble les structures de l’approvisionnement en nourriture du monde de demain.

Ce monde c’est le nôtre, il est influençable, il est transformable. Les riches et leurs exécutants nous le prouvent chaque jour. A nous maintenant de le transformer ! Pour l’espoir, et pour l’humanité.

Jean-Charles Teulier

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