Porteur de parole – Gilets jaunes Paris acte XIV

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Dimanche 17 février pour l’acte XIV des Gilets Jaunes à Paris je suis allé avec ma pancarte pour manifester. Inscrite dessus, une question d’apparence anodine mais mûrement réfléchie : Pourquoi es-tu Gilet Jaune ? Sur le parcours que j’ai fait, impossible d’interroger les gens puisque nous bougions constamment et rapidement, harcelés par la police. Avant de se disperser, il a été proposé de se retrouver à la place de la République et c’est là que j’ai pu ressortir ma pancarte pour questionner les gens sur les raisons profondes de leur engagement.

Résultat : sept interviews parlantes et pour certaines poignantes, pour se faire une idée de ce qui donne l’ardeur révolutionnaire, et de l’état de la France.

La méthode utilisée est celle du Porteur de parole, synthèse co-écrite de témoignages par et pour les gens, pour exercer notre expression publique et faire de l’éducation politique populaire.
L’analyse, c’est vous qui la faîtes ! Pas les bourgeois pour vous dire quoi penser ! C’est mieux ainsi n’est ce pas ? Ci dessous les témoignages, bonne lecture !

José, 36 ans

« A 18 ans je me suis cassé de la France mais je suis revenu à cause de mon fils qui est là avec sa mère. Ici, on ne me laisse qu’être un renflouement de banque. Aujourd’hui on se fait balader par la police, on se promène, pas comme le 24 novembre et le 1er décembre ! (« Le pouvoir promène ses moutons ! » lance une de ses voisines). Je fais des vidéos en live mais je ne peux plus car mon téléphone ne marche plus… Mes premières vidéos faisaient 360 000 vues et maintenant elles font 30 vues. Les vidéos sont désormais in-regardables. Il y a des gens qui modifient et effacent les documents , ça bugue, je ne peux plus faire de direct et on me le fait remarquer (ses amis acquiescent et il me montre qu’effectivement, quand il lance un direct il se coupe très rapidement sans qu’il y ait la possibilité de le reprendre). J’ai organisé le fait de faire venir des bus de Mâcon, j’ai négocié cela avec un ami et sa société de bus. 3 minutes après les Renseignements généraux appelaient mon ami pour avoir des infos sur l’organisateur. »

Mohamed, 68 ans

« On veut terminer le mois dignement, on veut la démocratie et que la police ne cherche pas à nous crever l’œil ! Je connais des gens à 500 euros de retraite alors que les riches se gavent. Pour moi tout ça c’est la faute à ceux qui ont voté Macron au 1er tour, il est beau alors il embobine les jeunes, manipule les vieux et correspond aux riches. Je suis ici tous les samedis depuis le début, gilet jaune dans le cœur et je vais continuer. Je veux moins de députés, de sénateurs, de ministres etc. et plus de médecins, d’infirmières et d’enseignants. »

Isabelle, 50 ans

« Pour ça (elle montre les CRS qui viennent de charger). J’aimerai pouvoir développer sur la répression mais je suis en état de stress, et je viens de croiser un CRS avec un fusil d’assaut. J’ai fait la manif d’hier, on était dans le très gros cortège avec énormément de monde, il n’y avait pas de « casseur » sauf sur le pont Alexandre III. J’étais ravie que ce se soit passé dans le calme, parce que sinon les médias en profitent pour nous faire passer pour des gens dénués de civisme. De jour en jour les nouvelles s’accumulent et on en prend plein la gueule. Je suis pour défendre les libertés, de la presse, mais les nôtres aussi. »

100% jaune, 29 ans

« Je filme en direct, j’ai fait une chaîne Youtube et une page Facebook : 100% jaune (slidow). Je fais des copies de tout car ça censure sur Facebook, et je mets sur Youtube. Je trouve ça étrange que sur Facebook mes images ne restent en moyenne qu’une demi-heure et que sur Youtube mes vidéos d’il y a 2 mois sont toujours là. J’en suis à mon 4e compte Facebook (!) , alors que je m’applique à faire le tri des fakes-news car les médias s’en servent pour nous décrédibiliser. Les médias avec des éditorialistes sont presque tous corrompus et à mon sens, l’avenir est au médias de témoignages. Les chiffres de la participation sont évidemment faux, s’ils veulent nous enfumer ils pourraient au moins le faire de manière professionnelle. (un mouvement de policier se fait où nous sommes place de la République, il réagit) Là on se fait nasser (cerner sans issue par la police, à l’image de poissons pris dans une nasse), c’est incroyable car on a le droit d’être ici en tant que citoyens ! »

Jeanne, 70 ans

« Ça fait 10 ans que j’attends que la jeunesse réagisse. Parce qu’ils n’ont pas d’avenir en France, par des effets de mécanique. On va vous imposer le revenu universel, c’est une belle arnaque ! Regardez ce qu’il s’est passé avec les 100 euros d’augmentation de salaire qui se sont transformés en prime. Nous on veut des augmentations de salaire ! Moi je ne suis pas d’accord pour emmerder les patrons. L’Union Européenne permet de faire légalement de l’évasion fiscale au Luxembourg, c’est scandaleux ! Qu’on commence par faire l’Union fiscale ! »

Franck, 39 ans

« Il y a beaucoup de choses : les fins de mois difficiles, les enfants, les taxes… Les impôts on les paye pour des mecs, ça fait 20 ans qu’ils font plus de politique, comme Valérie Giscard d’Estaing. J’ai appris hier qu’Alain Juppé touchait une retraite alors qu’il vient d’être nommé au Conseil Constitutionnel ! A côté de ça je connais une vieille qui a travaillé 42 ans, elle touche 750 euros de retraite. C’est une voisine à moi elle s’est dévoilée en discutant, mais je ne m’en doutais pas. Ça me fait rire quand j’entends qu’il n’y a que 52 000 gilets jaunes en France. Mais il n’y a pas que les gens dans la rue qui sont Gilets jaunes! Il y a même des flics qui sont dans le même bateau que nous, les CRS qui sont là, leur vie elle est merdique… Mais il y en a quand même qui sont mauvais et qui utilisent la violence gratuitement. »

Julian, 40 ans

« Je trouve ça scandaleux que les anciens politiciens aient des privilèges. Moi je suis handicapé et on me laisse en chien. J’ai une maladie auto-immune je serai malade toute ma vie et je touche 500 euros par mois, on ne me donne pas le pourcentage d’invalidité. Au dessous de 80% d’invalidité on ne te donne rien, et les employeurs préfèrent payer des amendes plutôt que de m’embaucher. Mon métier c’était d’aider les gens, ma plus grande fierté c’est d’avoir sauvé une vie et là on me laisse avec mon ASS et en plus je dois montrer patte blanche. Les médecins ils te voient 5 minutes et ils te blessent, physiquement et psychologiquement. Un m’a basculé un disque : je suis resté 2 semaines allongé. On m’a aussi dit : « c’est pas parce que vous faites des examens que vous êtes forcément malade » . J’ai des preuves de mon pincement de disque, de ma double hernie discale, de ma maladie auto-immune et de ma tumeur dans le ventre, mais ça ne leur suffit pas. C’est pour les autres que je me bats ! Mes parents, mon fils, les vieux et tous les autres qui ne peuvent pas se déplacer pour manifester. Ils sont malades et ne peuvent pas se déplacer. Pour moi ça fait 40 ans qu’on la sent venir cette mobilisation. »

 

Cette enquête fait suite à un reportage radio fait avec Radio RapTz consultable ici !

Et  depuis, l’enquête de l’acte XVI !

 

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